Samedi 31 octobre 2009

 

LA GUADELOUPE ET SES ÎLES

 

 

                                                   TOUSSAINT, C’EST LA FÊTE ! 

 

      

LES PREPARATIFS

 

 

Dans nos îles, la Toussaint demeure, tout comme le Carnaval, Noël, Pâques et la Pentecôte, l’une des plus grandes fêtes et de nombreuses traditions s’y rattachent.

Dès la mi-octobre, nos cimetières s’animent. Ils deviennent lieux de rencontres et d’échanges.

 C’est le moment choisi par de nombreuses familles pour rénover tombes et caveaux.

C’est un ballet incessant d’enfants accompagnés de leurs parents et de leurs grands- parents. Ils vont et viennent les bras chargés de balais, de brosses, de pots de peinture et  de fleurs.

Bien entendu, le  didico (un petit en cas) n’est pas oublié : eau, sandwichs, jus et même la salade de concombre accompagnée de la chiquetaille de morue (morue grillée, dessalée, émiettée, pimentée).

Il  faut aussi penser à prendre le parapluie, les chaises pliantes, les casquettes et les chapeaux de paille.

Les jobeurs sont aussi présents. Ils vous proposent, en échange de quelques euros, d’arracher les mauvaises herbes, de brosser, de refaire la peinture de la dernière demeure de vos chers disparus.

Tout doit être parfait pour le grand jour ! C’est à qui aura la plus belle tombe !

On s’interpelle, on se retrouve. Les enfants courent et s’amusent entre les tombes. Les parents les rappellent parfois à l’ordre :

-Chut, respectez les morts !

On revoit des amis, des voisins, des parents que l’on n’avait pas vu depuis longtemps. Les uns avaient déménagé vers une autre commune, les autres avaient quitté l’archipel pour la France Métropolitaine.

 Fraîchement revenus au pays pour cette occasion, ces derniers savourent ces moments de retrouvailles qui les replongent dans une culture parfois oubliée.

Tout ce cérémonial se déroule, souvent pour une famille, plusieurs fois et dans des cimetières différents : Il serait inconcevable d’honorer les défunts du père et d’oublier ceux de la mère.

Imaginez une famille résidant à Pointe-à-Pitre dont le père est originaire de la Désirade et la mère de Marie-Galante. Il leur faudra prendre deux fois la navette maritime qui désert nos îles afin de se rendre dans chacune d’entre elles.

C’est une véritable expédition !

 

LA FÊTE

 

Enfin arrive le grand jour !

A l’extérieur des cimetières, les marchandes ambulantes donnent le ton. Elles sont venues très tôt pour avoir la meilleure place. Elles proposent aux passants sorbets au coco, acras, cacahuètes, sucreries, sodas, danquits (pains ronds à la morue, au poulet, au crabe).

Dès le matin du 1er novembre, tout juste après la première messe, arrivent les premiers visiteurs. La première vague, celle du jour, prend possession des lieux et s’éparpille à travers le cimetière. 

Bien que le 1er novembre soit la fête des saints, l’hommage rendu aux morts ne saurait attendre le 2 novembre, jour consacré à ceux-ci.

Au fil des heures, la « cité des endormis » se remplit. Chacun a soigné sa tenue : c’est sur, on va rencontrer des connaissances et il s’agit d’être à son avantage !

Les bras remplis de fleurs, les familles se dirigent vers la tombe familiale.

Arrivées sur les lieux, une dernière inspection s’impose : une herbe oubliée est bien vite arrachée, un ultime petit coup de balai est donné. C’est bon, on peut enfin déposer les bouquets dans de beaux vases achetés pour l’occasion. On cause, on prend des nouvelles.

Vient l’instant réservé au recueillement. C’est le moment de la prière, étape importante qui n’est jamais oubliée. Luminions et bougies sont allumés. Une main caresse affectueusement la photo d’un disparu.

 

Le devoir accompli, on a encore le temps  de flâner à travers les allées à la recherche d’amis, de cousins, de se laisser aller à la curiosité en admirant les sépultures en marbre de la partie la plus ancienne du cimetière.

 

LA MAGIE

 

Bien souvent, certains se dirigent discrètement vers une tombe fleurie toute l’année de roses rouges. Celle-ci a sa légende connue de tous les guadeloupéens. C’est la dernière demeure du commandant  Bouscaren.

Il y a quelques années, son buste a été dérobé. On murmure que c’est un gadè- zafè, un menti-mentè (sorcier qui pratique la magie noire) qui l’aurait emporté pour obtenir de grands pouvoirs. Allez donc savoir !

C’est bientôt l’heure du déjeuner, sous un soleil de plomb, une partie des visiteurs s’en retourne se restaurer.

Bientôt, au crépuscule, ils reviendront pour l’illumination. Ils ne la manqueraient pour rien au monde !

 

L’ILLUMINATION

 

Dès dix-sept heures, c’est la foule des grands jours. Le cimetière a revêtu ses habits de lumière. Il brille de mille feux ! Les nombreuses sources de lumière crées par la multitude de bougies lui donnent un air magique. Les visages et les silhouettes semblent sortir du néant et  prennent une allure fantasmagorique.

Les enfants sont occupés à fabriquer des billes avec la cire fondue. Ils s’amusent sous l’œil vigilant des parents. Des adultes discutent, heureux de se retrouver. C’est là que l’on apprend les nouvelles naissances, les décès, les mariages, les réussites aux examens…

Quand viendra vingt-trois heure, chacun rentrera à la maison la tête pleine de souvenirs des vivants et des morts.

 

A DEMAIN « SI PLET A DIE » !

 

Demain, on reviendra car c’est le 2 novembre, la fête des défunts !

    La deuxième semaine de novembre ou bien plus tard, les cimetières retrouveront leur calme.

On se reverra l’an prochain, si plè a dié (si Dieu veut) !

 

 

 C’est promis, je vous  prendrai des photos !

Par Nysida - Publié dans : ECRITURE, HISTOIRE, LEGENDES, PHOTOS - Communauté : mémoire et écritures
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Lundi 19 octobre 2009

RENCONTRE 

 

 

                       LA  MABO

 

 

Avant d’aller plus loin, je voudrais tout d’abord vous expliquer ce qu’est une  Mabo  et par la même exprimer tout ce que ce mot renferme d’amour.

On pourrait simplement dire que c’est une employée de maison qui s’occupe des enfants mais cela serait passer sous silence une autre réalité.

La  Mabo  était bien plus que cela !

Aux Antilles, s’il  y avait autrefois un personnage qui occupait une place importante dans les familles aisées et celles des « blancs créoles », c’était bien  la Mabo. Elle était chargée de s’occuper des enfants.

Leur présence remonte à bien loin dans notre histoire, dans notre passé, à l’époque esclavagiste.

Cette fonction était souvent réservée aux mulâtresses (métisses issues de colons blancs et d’esclaves).Les Mabos demeuraient toute leur vie attachées à la maison des  maîtres.

Elles menaient les enfants « à la baguette » et ceux-ci lui vouaient une réelle affection. C’étaient elles qui recevaient les confidences, soignaient les petits  bobos  du corps et de l’âme. Les mères se reposaient entièrement sur elles.

Cette tradition issue de la période sombre de l’esclavage a duré environ jusqu’aux années 1960.

De nos jours, il existe encore des Mabos, elles n’exercent plus ayant toutes largement dépassé un certain âge.

Pourtant, elles continuent de recevoir visites, affection, cadeaux de ces enfants qui ont été un peu les leurs.

Je me souviens de mon père et de sa Mabo Julie. Enfants, nous allions souvent lui apporter son repas et lui rendre une visite. Tous les samedis ou les dimanches, avant de partir pour la plage, nous passions la voir. Mon père lui avait offert une petite maison et s’est occupé de tous ses besoins jusqu’à sa mort. Elle repose désormais dans le caveau familial.  Il ne l’a jamais abandonnée. C’est vous dire la place qu’elle occupait dans son cœur !

 

Et, c’est tout simplement que j’ai choisi de vous parler de MA Mabo, Nana.

Aussi loin que remontent mes souvenirs d’enfance, elle en fait partie.

C’était une femme à la peau sombre, aux traits fins, sentant bon et toujours bien coiffée. Elle était superbe !

Jamais un cri, son regard sévère et son index levé menaçant  suffisaient à nous faire obéir.

J’avoue que parfois nous profitions de sa gentillesse. Elle se laissait faire avec tendresse et passait volontiers à nos petits caprices.

Celui qui savait le mieux l’attendrir, c’était Richard notre frère. Il était le seul garçon de la famille et le chouchou de ses sœurs et de sa Mabo. Nous n’étions pas jalouses car nous profitions souvent de ses faveurs. Encore aujourd’hui, Nana se souvient et se plaît à  raconter à nos enfants comment, Richard à l’âge de quatre ans se faisait porter au lieu de marcher. Elle l’imite volontiers en riant.

 Elle prend la pose, les bras levés, l’air suppliant : « Nana pôté, nana pôté ! Riri fatigué ! (Nana porte moi ! Nana porte moi, Riri est fatigué !)

Ce qui valut à ce cher petit une fessée de maman.

Sa mémoire ne lui fait jamais défaut et cette anecdote issue du passé nous amuse beaucoup.

 Chaque jour, Nana nous baignait. Cela n’avait rien d’un bain ordinaire. C’était un véritable cérémonial !

Elle parcourait le jardin à la recherche des feuilles souhaitées, choisissait les meilleures : Glycérine, Bois carré, Corossol et bien d’autres connues d’elle seule.

Une fois la récolte terminée, elle lavait et froissait les feuilles entre ses mains, dans l’eau de grandes bassines mises au soleil. Il faut le préciser, nous avions chacune la nôtre.

Lorsque la température était idéale, c’était l’heure  de se plonger dans cette eau tiède et parfumée.

Parfois, nous chahutions, chacun dans notre bassine. Nous nous renvoyons les feuilles oubliées dans l’eau.

Puis venait le moment de sortir du bain. Nous n’étions pas toujours d’accord sur qui le ferait en premier. C’était  Nana qui décidait.

Nous étions alors frictionnés,  séchés, talqués, parfumés. Habillés et chaussés, nous passions à la coiffure. Bien sur, Richard finissait toujours le premier : il avait les cheveux courts.

Nana, assise sur une chaise, un petit banc posé entre les jambes commençait toujours par l’aînée. Alignées, nous attendions chacune notre tour les rubans à la main, ceux-ci devaient être assortis à notre tenue du jour.  Nous assistions avec bonheur à cette séance de coiffure pas comme les autres.

Nana, de ses mains expertes nous enduisait la chevelure d’huile de Karapat réputé faire du bien à nos cheveux. Elle démêlait, brossait, traçait des raies et nous coiffait. Poser les rubans était la dernière étape. Il arrivait que nous choisissions nos coiffures : une, deux, trois ou quatre tresses. Les queues de cheval n’étaient pas toujours acceptées : nos cheveux s’emmêlaient trop vite.

Enfin prêts, nous partions pour la promenade sur La Place de la Victoire. Nous étions heureux. Là-bas, nous attendaient nos amis, eux aussi accompagnés de leur Mabo : Mabo Sylphide, Mabo Adrienne.

Avant le départ, notre chère Nana avait préparé soigneusement le sac contenant notre goûter (pain au chocolat, à la confiture de goyave, au beurre salé). Nous avions parfois droit à des épis de maïs bouillis, des châtaignes, des dindés. Bien sur, elle n’oubliait jamais l’eau et nos timbales (chacun avait la sienne et de  couleur différente).

Parfois, l’eau était remplacée par de la tisane. Quelle horreur ! Je détestai franchement le goût fade de celle-ci et me faisait souvent priée pour l’avaler.

Nos amis avaient droit au même traitement.

A l’approche de la rentrée scolaire, au mois de septembre (la rentrée se faisait alors en octobre, saison cyclonique oblige), la coutume était de nous purger à l’huile de ricin puis de nous rafraîchir avec des tisanes de chiendent ou autres herbes connues de notre Mabo.

Tout cela était sensé nous nettoyer l’organisme, nous débarrasser des vers intestinaux, nous donner une belle peau et nous rendre plus résistants  aux infections.

Nana était toujours là pour nous et ne se plaignait jamais. Elle était celle qui nous préparait le lait du soir, celle qui nous racontait des histoires, celle qui nous rassurait  lorsque nous faisions des cauchemars et aussi celle qui pouvait passer une nuit blanche à nous bercer si nous étions malades.

Nous lui rendions cet amour par des câlins, notre respect et notre obéissance.

J’ai souvent coutume de dire qu’elle est ma deuxième maman et c’est souvent ainsi que je la présente.

Elle faisait partie de notre famille, vivait, sortait, voyageait avec nous.

Elle se souvient encore de son voyage à Paris et de cette demande en mariage qu’elle refusa.

Cette vie à nos côtés ne l’empêchait pas d’avoir des moments bien à elle, son petit jardin secret.

Nous avions grandi et Nana était là.

Un jour, maman nous avertit que notre Nana ne vivrait plus à la maison : Elle allait avoir un bébé.

Nous étions partagés entre le chagrin de la voir moins souvent et la joie d’avoir un bébé. Ce bébé à naître, nous le considérions déjà comme le nôtre.

Ce fut une magnifique petite fille. On la nomma Marie- Line .Pour nous, elle serait et resterait Linou.

C’était notre poupée !

Nana nous l’emmenait souvent. Nous la promenions, la bercions, la changions. Nous nous disputions souvent pour savoir laquelle d’entre nous aurait le privilège de lui donner le biberon.

Notre chère Mabo a été et est toujours présente dans tous les évènements importants de notre vie : mariages, baptêmes, deuils…

Ceux d’entre nous qui ne résident plus dans l’archipel vont la saluer à chacun de leur passage dans l’île. Elle connaît nos enfants et nos petits enfants. Ceux-ci savent qui elle est et quel rôle elle a joué dans nos vies.

Linou, sa fille, demeure une petite sœur qui a toute notre tendresse.

Je sais qu’elle sera toujours là pour moi et moi, je serai toujours là pour elle.

 

                                                              

 

 

Lexique :

 

Corossol, arbre fruitier de la Guadeloupe dont les feuilles et les fruits sont réputés pour leurs vertus thérapeutiques.

 

Karapat : nom donné au ricin. L’huile obtenue artisanalement à partir des graines est utilisée pour les cheveux, la peau et en friction contre le rhume et pour frotter les gencives douloureuses du bébé dont les dents percent.

 

 

 

 

 

 

 

Par Nysida - Publié dans : CULTURE,CARAIBE,ANTILLES, VOYAGES - Communauté : ecrivains en herbe
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Dimanche 5 juillet 2009
BAIE DES SAINTES (Terre de Haut )

L'archipel des Saintes (Terre de Haut et Terre de Bas ) font partie de l'Archipel Guadeloupéen, tout comme la Désirade et Marie-Galante.
Il est peuplé en grande majorité de descendants de marins normands et bretons. La population des Saintes, surtout celle de Terre de Haut est très métissée.
L'archipel vit principalement de la pêche et du tourisme.
Il n'est pas rare d'y croiser des iguanes,très nombreuses sur l'île.




ANSE DES ROULEAUX

Saint-François

Autre commune touristique de la Guadeloupe, située à la pointe de la Grande-Terre, appelée Pointe Des Châteaux.
Région connue pour son golf très prisé par les touristes et les Guadeloupéens, pour le cadre magnifique et sauvage de la Pointe Des Châteaux ainsi que pour ses nombreuses éoliennes, son cimetière indien, sans oublier ses plages aussi nombreuses que variées.

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Dimanche 5 juillet 2009
ÎLET DU GOSIER
( vue de mon balcon)

La commune du Gosier se situe dans le sud de La Grande -Terre.
C'est une des communes  touristiques de la Guadeloupe.
Elle tire son nom des pélicans nombreux à cet endroit, communément appelés "grands gousiers"ou "grands gosiers".
En arrière-plan, on peut voir l'autre partie de l'île  volcanique et plus montagneuse.


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Dimanche 21 juin 2009
Paris - Montmartre, juillet 1968

En vacance à Paris avec mes parents, je profitais pleinement pour découvrir la capitale.
Il faisait très chaud cet après -midi du mois de juillet. Mes parents décidèrent de se rendre à Montmartre, j'avais alors 15 ans .
Fatiguée par une longue séance de pose devant un de ces artistes, nombreux à cet endroit, je commençais un peu à traîner les pieds. Mon père décida de faire une petite halte mais, dit-il, il devait auparavant se rendre dans une petite boutique située à queques mètres de là.
Reprenant courage, je le suivis .Ma mère entra à sa suite dans un petit local. Je décidai, pour ma part, de les attendre sur le trottoir. Je restai là, le nez en l'air, à observer les passants et à savourer cet instant.
Tout d'un coup, ,je ressentis une gêne au niveau de ma nuque, je passai ma main sur celle-ci  espérant que cette sensation disparaîtrait. Rien à faire, je ressentais toujours ce picotement. Je savais maintenant d'où venait cette impression: on me regardait.
Je me retournai. Personne!  Il n'y avait personne derrière moi!
Rien d'autre qu'une vitrine. Je regardai à travers celle-ci et aperçus mes parents occupés à discuter avec un vendeur.
Je repris, un peu mal à l'aise, ma douce contemplation de la rue.
Et voilà que cela recommençait!  Je sentais de nouveau ce regard perçant et insistant sur ma nuque. Je me retournai, cherchant à deviner qui m'observait de telle façon.
Mes yeux parcoururent le contenu de la vitrine, qui jusque là, n'avait guère suscité mon intérêt. Lorsque mon regard croisa le sien, je sus que c'était elle. Elle, n'était en fait qu'un buste représentant une égyptienne. Ce regard perçant ,c'était le sien.J'en étais certaine. Les secondes qui s'écoulaient renforçaient encore ma certitude.
Je me précipitai à l'intérieur de la boutique où, devant mes parents médusés, je m'adressai au vendeur:
- Qui est la dame dans la vitrine?
-La dame? Quelle dame?
-La dame! Venez vite!
L'homme, surpris par mon exitation, me suivit à l'extérieur.
-Qui est-ce? Qui est-elle?
Je lui désignai du doigt le buste qui me troublait tant.
-Ceci est une représentation de Néfertiti.
-Ah bon!
J'étais  déçue ,je ne la connaissais pas. Je pensais que le fait  de savoir son nom ferait cesser le charme qu'elle opérait sur moi. Je restai plantée là, le regard fixé sur celui de Néfertiti qui me causait encore une vive émotion.  Ses yeux posés sur moi me brûlaient.
Après quelques minutes ,je me fis violence et m'éloignai, troublée par cette rencontre.
Enfin, mes parents arrivèrent  et  me grondèrent.: j'avais oublié de dire bonjour au vendeur en entrant dans la boutique .
Soulagée ,je quittai Montmartre et le reste de mon séjour me fit oublier.
Les années passèrent et ces évènements furent relégués tout au fond de ma mémoire.
Je ne le savais pas encore mais Néfertiti reviendrait  dans ma vie 11 ans  plus tard.
A cette époque ,je vivais  à Capesterre et j'étais l'heureuse maman de deux enfants. Ce jour du mois de mai
1979, assise sur ma véranda, face à ma mer, je savourais un moment de repos en lisant un magazine. Au détour d'une page, je la reconnus. Elle! C'était elle!  Je retrouvais une nouvelle fois son regard perçant. Mon coeur s'était mis à battre la chamade.
Je tentai de me raisonner. Pourquoi aurais-je peur d'une vulgaire statue, d'un morceau de pierre?
Cette fois ,je ne me déroberai pas.  J'irai jusqu'au bout et je saurai pourquoi ces yeux exerçaient sur moi une telle fascination.
Je décidai de commander  ce buste, réplique exacte de celle de 1968. Quelques jours plus tard, un avis de la poste m'informa de l'arrivée de mon colis.
Je me rendis donc à Bergevin récupérer mon paquet. Celui-ci sous mon bras, je me dirigeai  d'un pas pressé vers mon véhicule.
 A peine arrivée à ma voiture, je ne pus attendre, la curiosité était trop forte, je défis l'emballage et sortis le buste.
 Son regard  s'accrocha au mien. Affolée, je déposai précipitemment l'objet sur le siège arrière, le recouvris rapidement d'un coussin trouvé dans la voiture. Je m'installai au volant et démarrai.
Croyez -moi, ,j'étais à deux doigts d'abandonner ce paquet sur la route.
Des pensées se bousculaient dans ma tête:
-Allons, tu ne vas quand même pas te laisser intimider par un objet, tu te fais des idées...
Malgré tous ces appels à la raison ,je continuais à ressentir SA présence.
Arrivée enfin à la maison ,j'ai rangé Nefertiti dans son emballage d'où elle n'est ressortie que 10 ans plus tard.  Lors d'un déménagement,  j'en fis don à une amie.
Pourquoi ai-je donc eu si peur de ce regard? Quel lien m'unit à Nefertiti? Qu'avait-elle donc à me dire?
Un jour peut-être, ,j'oserai plonger mon regard dans le sien et obtiendrai les réponses à mes questions.
Un jour, peut-être...





                 NEFERTITI

Reine d' Egypte, épouse d' AKHENATON
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