RENCONTRE :"BOBO LA CHO " LE MENDIANT

Publié le par Nysida

Il nous arrive souvent dans notre vie de croiser, de rencontrer des êtres qui nous marquent profondément. Ils passent dans nos existences et laissent en nous des souvenirs indélébiles. Ils participent ainsi, sans s'en douter, à faire de nous ce que nous sommes.
"Bobo la cho" fut un de ceux là. Il demeure étroitement lié à ma vie et à ma ville.

 

Pointe-à-Pitre ma ville. Ville où j’ai grandi qui éveille en moi tant d’images et d’odeurs.

Il m’est souvent arrivé de croiser dans mon enfance des personnages qui ont laissé une profonde empreinte dans ma mémoire. Bobo la cho en fait partie.

 

Bobo la cho n’était pas son vrai nom, c’était celui qu’on lui avait donné. Ce nom, il le devait aux nombreuses plaies qui recouvraient son corps.

C’était un homme de corpulence moyenne, toujours vêtu d’un pantalon aux jambes retroussées, maintenu à la taille avec un bout de ficelle.

Il ne portait pas de chaussures et dégageait une forte odeur.

Il possédait toutefois un regard profond où se lisaient la souffrance, la résignation et l’amour pour les autres. Lorsqu’il nous regardait, petites filles de 9,6 et 3ans, nous ressentions toute l’affection qu’il avait pour nous.

Chaque soir, debout sur notre balcon, nous attendions sa venue. C’était un véritable cérémonial:  Il y avait celle qui faisait le guet, celle qui préparait la boîte de « Guigoz  » contenant la soupe et celle qui irait la lui porter.

Cette dernière tâche était réservée à ma sœur aînée bien plus courageuse que nous. Car, il me faut vous l’avouer, si nous aimions Bobo la cho, nous en avions aussi une peur bleue.

Ce soir là, comme d’habitude, fidèle à son rendez- vous quotidien, il était là. Il se tenait  assis les pieds dans le caniveau .Il restait silencieux. Jamais il n’appelait. Il savait que nous l’attendions. C’était pour nous un instant féérique.

Aussitôt que nous l’apercevions, nous criions:

-Maman! Voilà Bobo la cho!

 Ma sœur se précipitait alors vers la cuisine, prenait le pot plein de soupe, le morceau de pain, l’eau et dévalait les escaliers pour aller à la rencontre de « son » Bobo la cho comme elle aimait à le dire.

 Restées sur le balcon, ma petite sœur et moi l’enviions un peu. Mais notre peur était plus grande. Parfois nous osions appeler:

-Bobo la cho! Bobo la cho! Ta soupe est prête!

Il levait les yeux, nous regardait et souriait. Il lui arrivait parfois de déguster son repas sous nos regards attentifs mais le plus souvent, il s’en allait.

Nous savions qu’il reviendrait. C’était notre ami.

 

Une fois, une seule fois, j’ai osé accompagner ma grande sœur. J’avais très peur mais ma curiosité a été  la plus forte.

J’étais très fière. Je pouvais aussi dire « mon » Bobo la cho car j’avais surmonté ma peur.

J’ai pu cette unique fois, le voir de près, avoir son regard débordant d’amour pour moi toute  seule, sentir son odeur qui se mêlait à celle de la soupe grasse que maman lui avait préparée ce soir là.

Je l’ai vu un soir de Noël essuyer une larme lorsque ma mère lui soignait les plaies.

Des mois passèrent ainsi, pourtant, un jour, Bobo la cho ne fut pas au rendez-vous.

Nous l’avons attendu de longues semaines, espérant le voir réapparaitre au coin de la rue. Hélas, nous ne revîmes plus jamais.

Il est sorti de notre vie comme il y était entré et son absence laissa en nous un grand vide.

-"Pourquoi  donc es-tu parti Bobo la cho ? Qui étais- tu ? D’où venais-tu ? Qu’es-tu devenu ?

Jamais nous n’avons su ton nom.

Tu es simplement passé dans nos vies mais tu resteras pour toujours notre  Bobo la cho".

 

 

                                                                                            Nysida

 


   

                                                             

 

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