LES ENGAGES OU "TRENTE -SIX MOIS"

Publié le par Nysida

 

 

 

LES  ENGAGES  OU « TRENTE – SIX  MOIS »,

Une composante historique de la population guadeloupéenne.

 

 

Je n’ai nullement l’intention de réécrire ici l’histoire de la Guadeloupe. Loin de moi cette prétention.

Comme beaucoup de guadeloupéens, je suis le résultat de mélanges raciaux et culturels. Je suis très fière de chacun de mes ancêtres qu’il fut blanc, noir ou caraïbe. Ils ont fait de moi ce que je suis.

Descendante de Théodose, esclave noire et d’Ajax, engagé blanc,  du côté paternel,  j’ai voulu tout simplement vous faire découvrir qui étaient ces engagés ou « trente-six mois », trop souvent oubliés dans notre  histoire. Rétablissant ainsi une réalité historique.

Ils ont, pourtant, parfois partagé le sort peu enviable des esclaves importés d’Afrique et ont largement contribué au développement du pays.

 L’origine des engagés se retrouve dès 1635, début de la colonisation en Guadeloupe. Ils arrivèrent avec les  premiers colons. Ils jouèrent un rôle important dans la fondation et la mise en valeur de la colonie.

Mais c’est surtout entre 1642 à 1674 qu’ils participèrent au développement économique de l’île.

 

Très tôt, le problème de la main d’œuvre a toujours dominé l’histoire de la Guadeloupe.Dès l’ancien régime, il conditionne  l’essor ou la régression du pays.

Les colons, ne pouvaient utiliser la main d’œuvre autochtone  comme ils l’auraient voulu. Les Caraïbes refusaient.de travailler la terre, tâche considérée comme réservée aux femmes dans leur culture. Leur mode de vie n’était pas conciliable avec la servitude, ils préféraient la mort à l’esclavage ou n’en faisaient qu’à leur tête. Le père Labat, dans son œuvre Voyage aux îles de l’Amérique  dit d’eux:" qu’ils ne font que ce qu’ils veulent, quand ils veulent et comme ils veulent".Les colons durent  alors faire appel à la main d’œuvre française (l’esclavage n’ayant pas encore été introduit, mais il  allait bientôt  occuper une place importante) pour mettre en valeur la colonie.

 

Très tôt, les engagés constitueront une activité

commerciale pour les marchands de Dieppe, de Saint Malo, de Brest et de la Rochelle.

 

    DEBUT DE LA COLONISATION OU COMMENT LES ENGAGES RENTRENT DANS L’HISTOIRE DE LA GUADELOUPE.

 

  L’île de la Guadeloupe et ses premiers habitants étaient découverts par Christophe Colomb depuis plus d’un siècle déjà, lorsqu’en 1633, De l’Olive conçut le projet de s’y installer. Il entreprend  un voyage d’étude, mais il lui fallait obtenir l’autorisation de  coloniser le territoire.

De retour en France, il rencontre le sieur Duplessis qui s’apprêtait à partir pour l’île de Saint –Christophe avec engagés et marchandises. Celui ci accepte d’accompagner De l’Olive en Guadeloupe.

Le 13 février 1635 est signé, par De l’Olive et Duplessis, le contrat qui devait voir la fondation de la colonie de Guadeloupe.

L’expédition arrive  en Guadeloupe le 28 juin 1635 et débarque à la Pointe Allègre.

C’est à cet endroit que les deux hommes se partagent les vivres, les engagés, les munitions.

L’installation peut commencer.Dès 1636, les nouveaux arrivants durent faire face à la pénurie de nourriture et aux épidémies.Il y eut de nombreux morts.

Il fallait, malgré tout, que les survivants continuent de défricher les terres pour planter. Le travail était rude pour ces hommes affamés.

Affaiblis par la misère, la faim, les maladies, les engagés se révoltent et refusent le travail .Les commandeurs les poussaient au travail « à coups de bâton … »note Du Tertre.

 

D’OU VENAIENT-ILS ?

 

Ils étaient attirés par des récits féériques, on leur faisait miroiter un enrichissement rapide. Nombreux furent ceux qui se lancèrent dans l’aventure.

Ils venaient pour la plupart de Normandie, de Bretagne, De Paris et d’autres grandes villes de France.

 

QUI ETAIENT-ILS ?

 

  Il existait  des engagés  forcés ou volontaires.

Les engagés volontaires étaient des hommes sans ressources, des paysans mais aussi des ouvriers qualifiés (maçons terrassiers, charpentiers), des cadets de famille privés de la fortune familiale qui allait à l’ainé de la famille.

Parmi les engagés forcés, on rencontrait  des vagabonds.

 

Les rares femmes qui partaient comme engagées étaient soumises au même traitement que les hommes. Leur seul privilège: leur maître devaient leur rendre leur liberté si elles venaient à être demandées en mariage. Elles pouvaient alors racheter leur liberté. On les employait surtout comme cuisinière, femmes de ménage ou gardiennes d’enfants.

 

LE CONTRAT

 

Les engagés se soumettaient par contrat au service de ceux qui avaient pouvoir sur eux dès qu’ils posaient les pieds sur l’île.

Les frais de passage et la promesse de devenir propriétaire était le prix à payer.

Ce contrat avait une durée de trois ans, d’où le nom de «  trente six mois » dont on les affublait avec mépris.

Il était stipulé, dans le contrat d’engagement que l’engagé recevrait, à la fin de son contrat une propriété de 500 pas de large sur 1000 de hauteur. Comme les ouvriers étaient rares, l’engagé devait lui-même construire sa case sur l’habitation du maître.

Celui-ci était tenu de lui fournir sa nourriture  et 300 livres de tabac durant ces 3 années. Mais en vérité, tout comme l’esclave, l’engagé devait se débrouiller pour survivre. Il ne lui restait comme solution que la cueillette de fruits et la chasse aux crabes. Ce n’était pas grand-chose pour vivre et se vêtir.

A la fin de son contrat, l’engagé pouvait demander sa propriété.

 

LES CONDITIONS DE VIE

 

Ces hommes vivaient dans une case couverte de feuilles de canne, de latanier ou de palmiste. Elle avait peu ou pas du tout de mobilier. Ils dormaient sur des nattes ou des paillasses faites de feuilles.

Leur nourriture consistait en quatre pots de farine de manioc, de bœuf salé, de racines, hélas, certains propriétaires ne respectaient pas cette clause.

Ils fabriquaient du maby (boisson légèrement alcoolisée) dont ils avaient appris la recette des caraïbes.

L’engagé était simplement vêtu.

Le maître avait sur lui un droit de propriété pendant les trois ans que durait le contrat. Il pouvait le vendre à un autre et celui-ci avait les mêmes droits. D’ailleurs, il était courant qu’un engagé change de maître de nombreuses fois.

Privé de liberté, l’engagé ne pouvait sortir de l’habitation de son maître qu’avec une autorisation de celui-ci, l’y autorisant. 

La condition des engagés, écrit le Père Labat, est « un esclavage fort rude et fort pénible  ».

 

 

LE TRAVAIL

 

Leur journée de travail commençait avant le lever du soleil et se terminait après  son coucher. Il ne bénéficiait que de deux heures de relâche par jour.

 

Il était courant, pour les maîtres, d’obliger l’engagé à travailler au-delà de ses forces, de forcer les récalcitrants à coups de bâton, allant parfois jusqu’à les priver de nourriture.

Les maîtres faisaient moins de cas d’un engagé  que d’un esclave. Ils perdaient moins avec la mort d’un de ces hommes que de celle d’un  esclave acheté parfois très cher. Esclaves et engagés effectuaient les mêmes travaux sur l’habitation du maître et les colons alignaient volontiers la condition des engagés à ceux des esclaves.

Il leur était interdit de répliquer au maître et d’abandonner le travail tant que celui-ci n’était pas terminé. Tout travail mal fait devait être recommencé.

Du Tertre  dans son ouvrage intitulé Mémoires sur les engagés (1698) nous dit «  qu’il y avait autrefois, des maîtres si cruels qu’on était obligé de leur défendre d’acheter des engagés.

En Guadeloupe, un colon en enterre plus de cinquante sur son habitation. Plus de cinquante  qu’il avait fait mourir à force de les avoir fait travailler et pour ne pas les avoir assistés dans leurs maladies ». L’auteur rajoute: "cette dureté vient sans doute de ce qu’ils ne les ont que pour trois ans, ce qui fait qu’ils ont plus de soin d’épargner leurs nègres ".

Tout comme les esclaves, l’engagé ne disposait pas de sa liberté et subissait les mêmes mauvais traitements. Son seul espoir, la fin du contrat qui verrait la fin de ses obligations.

 

BLANCS   MARRONS 

 

 

Il arrivait souvent, que las des mauvais traitements et des punitions, que naissent des révoltes. Ils tentaient d’échapper à leur condition en « marronnant »: Ils s’enfuyaient dans les montagnes ou gagnaient à leurs risques et périls une île anglaise.

Les «  marrons  » étaient chaque jour plus nombreux, ce qui obligea les maîtres à organiser des chasses à l’homme pour les retrouver.

On dut même créer de nouveaux règlements pour punir le marronnage.

 

LES PUNITIONS DU MARRONNAGE

 

La fleur de lys marquée au fer rouge sur la joue, les coups de fouet, la perte de la promesse de propriété et parfois la mort, étaient quelques unes des punitions infligées. Rares étaient les remontrances adressées aux mauvais propriétaires.

 

Petit à petit, à cause de la dureté des maîtres, de leur goût pour un rendement à outrance, des mauvais traitements, du peu de prix qu’ils attachaient à la vie des engagés, on verra disparaitre le recrutement  de ceux-ci et la fin de cette institution. De plus, les colons voyaient d’un mauvais œil l’installation des engagés affranchis qu’ils considéraient comme des rivaux. En effet, ceux –ci, une fois installés cherchaient toujours à augmenter leur exploitation et choisissaient les terres les plus fertiles.

Les engagés affranchis de leur servitude, au terme de leur contrat, se partagèrent petit à petit la colonie de la Guadeloupe . Ils furent ainsi les premiers à impulser l’agriculture, l’industrie et le commerce.

S’ils furent indispensables pour assurer le premier développement de la Guadeloupe à côté des colons, ils ne furent pas les seuls à contribuer à la mise en valeur de notre île.Très vite, on vit l’esclavage apparaître et se développer.

Mais ça, c’est une autre histoire !

 

 

Bibliographie :

 

-Voyage aux Isles de l’Amérique

Père Labat

 

-Notes sur la vie des engagés aux îles

Du Tertre

 

-Histoire de la Guadeloupe  sous l’ancien régime

Satineau

 

- Archives familiales

 

 

 

                                                                  

 

 

 

 

 

 

 

 

              

 

 

 

 

 

 

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