ADIEU CAHIERS ET TABLEAU NOIR

Publié le par Nysida

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                            EXTERNAT ST JOSEPH DE CLUNY

                                 POINTE-A-PITRE

 

 

 

Rien ne me destinait vraiment au métier d’enseignant. Depuis l’enfance, j’avais une sainte horreur de l’école. Je me souviens encore de mon premier jour de classe à l’Externat Saint Joseph De Cluny. J’ai mordu, crié, donné des coups de pieds. La mère supérieure en perdit son voile. Je criais à qui voulait l’entendre que je détestais l’école et que je ne voulais pas y aller. Pourtant, je garde de cette époque à l’école élémentaire de merveilleux souvenirs et des amies très chères, Angèle, Annick, Ruby, Patricia , Yvonne toujours présentes dans ma vie.

Et même si parfois je jouais très souvent à la maîtresse d’école dans le garage de notre maison, avec les enfants du quartier, je n’aurai jamais pensé être un jour une véritable enseignante.

Je rêvais, durant mes années de collège, être médecin gynécologue.

Mais un jour, mon rêve s’est envolé. M’étant évanouie devant une petite coupure que je m’étais faite au doigt, je sus que ce métier n’était pas pour moi. 

A dix- sept ans, c’était décidé, je serai interprète. Je me voyais déjà traduisant en simultané des débats internationaux. A cette époque, les langues étrangères me passionnaient.

Dès la classe de troisième, je m’informai des démarches à suivre pour être interprète.

Un point m’angoissait:  il me fallait quitter mon beau pays et je n’en avais aucune envie. Je n’arrivais pas à me décider.

C’est là que le destin s’en mêla. Il prit les traits d’une amie de ma mère, professeur de français.

Elle ressentit mes doutes. Elle me parla de son métier et de l’Ecole Normale. Elle sut me convaincre. J’écoutai avec attention les avantages et inconvénients du métier d’enseignant. A cette époque, venant d’une école privée, je dus passer un examen me permettant d’accéder à une école publique. Cela ne fut pas facile, mais je m’accrochai. C’est ainsi que j’intégrai l’école normale de la Guadeloupe. Jean Zébus en était alors le directeur. J’y ai connu des professeurs qui ont su me donner le gout de l’étude:  Fritz Gracchus trop tôt disparu, Daniel Maragnes, monsieur Curat, madame Lecomte à qui je dois une passion pour la langue anglaise. Je m’y suis fait de nombreux amis : Sonia, Alain, Raymon, Julien et les autres que je n’oublie pas.

Après deux années de formation professionnelle partagées entre la partie théorique et la pratique dans les classes, je fus enfin prête. J’aimais l’école!

Ma première nomination souleva en moi beaucoup d’émotion. Pour la toute première fois, j’allais me retrouver dans MA classe. Certes, j’avais quelques appréhensions. Il s’agissait d’une classe de cours moyen 2. Trente élèves m’attendaient. Je m’interrogeais un peu sur mes capacités à gérer ces élèves pour certains d’une taille supérieure à la mienne. Du haut de mes 1m50, j’ai pourtant assuré. Il est vrai que les enfants ont été formidables. Ils m’ont beaucoup appris. Je sais depuis que l’école tout en demeurant lieu d’apprentissage doit être aussi lieu de plaisir.

Depuis, mon amour pour mon métier n’a jamais failli. Il m’a apporté un enrichissement personnel et humain immense.

Le métier d’enseignant demeure pour moi LE PLUS BEAU METIER DU MONDE. Il est don de soi. Il exige amour, tolérance, patience, intelligence, diplomatie, contrôle de soi, une énorme capacité à écouter l’autre et une grande faculté d’adaptation.

De toutes ces années je ne retiens que du bonheur. A travers ces quelques lignes, je voudrai vous faire partager ce monde qui fut le mien durant des années. Découvrir de l’intérieur le milieu scolaire et ses acteurs.

 

 

 

 DES METHODES

 

L’éducation musicale

 

Durant toutes ces années, la musique, le chant, la danse ont

 toujours occupé une place privilégiée dans mon enseignement.

Pas uniquement comme discipline à enseigner mais aussi comme moyen: faire de l’école un lieu de joie et de plaisir.

Ma classe demeurait pour moi un parfait laboratoire où j’expérimentais sans cesse de nouvelles méthodes pour de  meilleurs résultats scolaires et le bonheur de mes élèves.

Je me souviens de cet après midi durant lequel j’ai testé l’écoute de la musique classique. Quelle ne fut ma surprise! Au bout de six minutes, vingt élèves sur vingt-cinq s’étaient assoupis.

J’avais découvert le pouvoir de la musique. Il me fallait mettre cette expérience au service de la classe. J’ai effectué plusieurs tests. Ceux ci ayant étés positifs, j’ai donné à la musique une place prépondérante dans mon enseignement. Je n’ai jamais regretté mon choix.

Musiques d’ici ou d’ailleurs m’ont toujours accompagnée.

Faire la classe sur fond musical! Quel plaisir pour les élèves et la maîtresse! Découvrir des nouvelles connaissances avec, pour fond sonore, des œuvres musicales!

Les effets de cette méthode se sont faits ressentir rapidement: pas de bavardage, élèves plus détendus et appliqués à la tâche.

Au fil du temps, j’améliorai l’utilisation de cette découverte et notre répertoire s’agrandit.

L’éducation  musicale s’enrichit et devint plus attractive. Découvrir, reconnaître les instruments, connaître les musiques du monde, mémoriser des mélodies devint un jeu d’enfant. Différencier les instruments à vent, à corde, à percussion.Jouer sur le volume, le rythme  fut un plaisir. Si l’étude d’un chant était essentielle, pour moi, elle devait trouver son achèvement ailleurs. C’est ainsi que chant et musique furent mis à notre service.

Dès le premier jour de classe, nous commencions l’étude d’un chant: chaque moment de la journée était ponctué par une mélodie différente. Nous rentrons en classe « Par la fenêtre ouverte » saluait ce moment. C’était l’heure de rentrer à la maison, « L’école est finie « de Sheila commençait.

 Bien souvent, entre deux disciplines, à la demande des élèves, nous passions de la lecture aux mathématiques en chantant. Il est même arrivé qu’au milieu d’un exercice nous chantions. Parfois en dessinant nous chantions.

Faites en l’expérience chers collègues, rien de mieux pour

    ramener l’attention et pour se détendre.

C’était le réconfort après l’effort mais aussi pendant et après.

Le choix des chants à étudier était laissé aux élèves. Ils choisissaient dans une liste fournie ou dans leur répertoire. Pour faciliter leur choix, il fallait les présenter, les fredonner .Il était essentiel que le chant choisi leur plaise. Au bout d’un certain temps nous possédions un répertoire varié.

Bien sur, l’étude des tables de multiplication se fit en chantant!

 

S’ALIGNER EN CHANTANT

 

Apparut alors le chant sur les rangs à l’entrée en classe. Dans de nombreuses écoles, lorsque retentissait la sonnerie annonçant l’entrée en classe, c’était souvent un brouhaha. Un peu de discipline s’imposait! C’est ainsi que tout naturellement l’utilisation du chant trouva sa place.

Je me souviens encore de la surprise que j’occasionnai chez mes collègues, mais aussi chez les parents, lorsque pour la première fois la classe s’aligna en chantant.

Au début, je donnais le signal puis on nomma « le maître de chant ».

 

LE MAÎTRE DE CHANT

 

Désigné chaque semaine, c’était lui qui dirigeait ses camarades. Je le revois encore debout devant les élèves parfaitement alignés et attentifs au signal. Le bras levé: « Un, deux, trois. Enfants de tous pays ! »

Comme un seul homme, la classe entamait le premier couplet. Le maître de chant regagnait alors sa place dans les rangs.

Nous regagnions notre salle en chantant. Passé le seuil de la porte c’était terminé. Quand tout le monde avait regagné son siège, notre journée d’apprentissage pouvait commencer. Bien sur, mais vous l’avez compris, en chantant.

Que dire de nos sorties? Nous partions pour l’escrime, pour visiter un musée ou une exposition, nous chantions. Le maître de chant menait sa petite troupe en criant le titre choisi.

Notre classe s’est souvent fait applaudir par les passants ravis d’entendre des airs connus. Je pense à cette dame qui nous a complimenté et a participé le temps d’un couplet.

 

LE CAHIER DE CHANT

 

Tout notre répertoire y était inscrit. C’était à qui possédait le plus beau!

La présentation de ce cahier comptait beaucoup. Il était comme les autres régulièrement visité et noté. Les élèves mettaient tout leur cœur à imaginer la meilleure façon de l’illustrer: collages, dessins, peinture tout était permis. Chacun savait que certains seraient exposés en fin d’année.

 

  EVEIL A LA CITOYENNETE

 

 L’école est en elle-même une petite société qui prépare chacun à vivre dans le monde. Je me devais donc de former des individus capables, responsables, sûrs d’eux, pleins de savoir, respectueux des autres et des règles.

Ces enfants devaient savoir qu’ils avaient des droits mais aussi des devoirs.

Comment faire accepter tout cela sans les forcer ni les heurter? Comment inoculer tout ceci afin que ces valeurs restent à tout jamais comprises et mises en application?

Il me fallait commencer par la classe où vivre avec les autres devait s’apprendre.

Comme toute société, notre classe avait ses règles. Nous les avons trouvées et mises en application.

Dès le premier jour, là lecture des « dix conseils du bon écolier » était faite, suivie d’un débat concernant chaque point.

Maintenant, il fallait les mémoriser. Chaque jour, deux de ces conseils devaient être appris.

Les enfants, en deux semaines, les connaissaient par cœur et les récitaient chaque matin après le chant du jour .Nous ne commencions jamais notre journée sans les dire. Cette méthode a obtenu de très bons résultats. Ils étaient parfois écrits sur le tableau.

Peut-être trouvez –vous tout ceci trop directif? Alors essayez à la maison ou en classe et vous serez surpris du résultat.

Très tôt, mes élèves apprenaient tout sur leur école: son nom, celui du directeur, le rôle de celui-ci et des autres personnes y travaillant. Nous visitions les lieux et l’environnement immédiat.

De la même façon, ils connaissaient leur classe, les camarades et la maîtresse. Ils découvraient qu’ils faisaient partie d’un groupe-classe au sein du groupe –école qui lui-même appartenait à une ville, à un pays et au monde.

Ils avaient un fort esprit d’équipe. Il était impensable de se moquer d’un camarade: il faisait partie du groupe.

Un jour, l’un d’eux me dit:

« Maîtresse, je sais pourquoi notre classe est le CE1B ».

Je lui demandai pourquoi.

« Parce que nous sommes les meilleurs, les plus

forts.B veut dire bien. »

Un objectif était atteint. L’esprit d’équipe était bien là.

Il est vrai qu’avec ma collègue Marie-Alice avec qui je travaillais, nous  stimulions l’esprit de compétition entre nos deux classes. Nous organisions des concours de mathématique, d’orthographe…

Tout cela dans un bon esprit.

Les anniversaires étaient un moment privilégé. Pas seulement pour la dégustation du gâteau, mais pour l’échange. En effet, chacun préparait sa petite carte ou son discours. Il en était de même pour l’échange des cadeaux à noël.

Un élève en difficulté dans la classe ou dans la cour, des camarades se proposaient pour l’aider. Un nouveau arrivait, un autre lui servait d’accompagnateur le premier jour.

Responsables, ils devaient l’être.

Ils devenaient chacun à leur tour chef de classe, maître de chant, de dictée, de mathématique ou chargé des cahiers, de l’ordre…

Ils découvraient que pour se faire respecter et obéir des camarades, ils devaient obéir et respecter ceux-ci. Ils savaient que la place de chef ne serait pas toujours la leur.

Beaucoup de ceux qui occupent un poste à responsabilité dans notre pays devraient méditer ce point.

 

LE CHEF DE CLASSE

 

Son rôle était capital. C’est de son autorité que dépendait toute la classe. Il devait veiller à ce que les règles soient appliquées. L’élève désigné prenait son rôle très au sérieux. Il pouvait être appelé à remplacer un camarade  responsable absent.

 

LE MAITRE DE DICTEE

 

L’élève désigné pour cette tâche dictait des mots à ses camarades. Ceux ci, après les avoir écrit devaient au signal relever l’ardoise pour montrer le mot écrit.

 

LE MAITRE DE CALCUL

 

A lui, incombait la dictée de nombres ou d’opérations à faire sur l’ardoise.

Mais que faisait la maîtresse me direz vous ? Elle vérifiait la justesse des résultats et veillait à ce que chacun participe.

Ces  deux dernières activités, réservées à quelques occasions n’étaient pas journalières. Il fallait bien me  laisser la place!

Les enfants étaient très fiers de jouer ce rôle. L’espace d’un moment, ils étaient maîtres à leur tour.

Déléguer mes pouvoirs s’est avéré très bénéfique pour eux mais aussi très utile pour moi.

Un jour du mois de mai, je fus en retard de dix minutes. Un accident avait occasionné un énorme embouteillage. J’étais très ennuyée car je mettais un point d’honneur à être ponctuelle.

Arrivée enfin à l’école, je passai au bureau du directeur pour m’excuser du retard. Celui ci fut fort surpris, il n’avait pas remarqué mon absence. Je me rendis alors dans ma classe. Tout était calme. Et, là, je fus ‘épatée. La séance de lecture avait commencé sans moi. Un parent d’élève m’attendait. « Zut, ai-je pensé. Me voilà prise en faute ». Mais au lieu de reproche concernant mon retard, je ne reçus que des compliments. Imaginez ma surprise!

Cette maman avait assisté à la mise sur les rangs, au chant commun, à la montée en classe sous les ordres du chef de classe, à la récitation des dix conseils du bon écolier, au calcul mental, à la dictée de mots. Activités menées tour à tour par les élèves responsables.

J’avoue que je fus très fière d’eux. Je les félicitai et repris les cours.

Responsables, autonomes. Ils y étaient parvenus. Ils étaient capables de s’organiser et de s’autodiscipliner.

.Il me parut tout aussi naturel de donner sa place l’éducation civique tout au long de ma carrière. Ce qui m’avait valu lors d’une inspection la remarque d’un inspecteur. Il me rappela que cette discipline ne faisait plus partie des programmes scolaires. Peu importe, cela ne changea rien pour moi.

Chaque  matin, nous échangions autour d’un fait survenu à l’école, à la maison ou entendu à la radio. L’étude des fables et des proverbes ont aussi servi de base à cette éducation citoyenne.

 

 POESIE  ET CREATION POETIQUE

 

Que cela soit l’étude des fables de Jean De Lafontaine ou de poésies, cette activité devait demeurer un plaisir. Mémoriser, articuler, donner le ton en joignant parfois le geste faisaient partie du jeu. Fables ou poésie étaient lues, analysées et mémorisées. Je me souviens de ces petits de sept ans, capables de retenir et de réciter ces longues fables que j’avais si souvent détesté durant mes années de classe primaire.

Bravo à vous mes élèves! Quelle fierté j’ai eu de vous avoir!

Quand venait le moment pour eux de créer, c’était toujours pour moi une découverte. J’ai souvent été émerveillée par leur capacité à le faire. Chacune de leur œuvre était mise en valeur après les corrections qui s’imposaient. Leur donner le goût du beau et développer la confiance en soi étaient deux de mes buts.

 

LE CAHIER DE POESIE

 

Tout comme pour le chant, ce cahier devait être beau et bien tenu. Il était contrôlé régulièrement. Ce n’était pas toujours parfait mais chacun faisait des efforts.

Un cahier avait une place à part à coté des autres: le cahier

journalier.

 

LE CAHIER JOURNALIER

 

C’était en quelque sorte le journal de la classe. Il avait une utilité certaine. Il permettait à une remplaçante ou un inspecteur d’avoir une idée sur ce que nous faisions en classe. Chaque jour et à tour de rôle un élève y faisait ses exercices et en prenait grand soin.

 

 S’EXPRIMER

 

Chacun pouvait s’exprimer librement. La seule consigne étant de lever le doigt pour demander la parole. Croyez- moi, ils ne s’en privaient pas.

Au-delà de l’expression libre existait aussi: l’expression face à un public, une caméra, un magnétophone.

L’expression orale, comme disent les manuels, a toujours occupé une large place à l’école élémentaire.

Préparer les enfants à s’exprimer librement, correctement et sans crainte. Le faire quelque soit le public faisait partie du but que je m’étais fixée.

Pour cela, à coté des méthodes généralement utilisées à l’école, j’ai voulu pousser mes élèves beaucoup plus loin. J’ai souhaité faire d’eux des individus capables, une fois adultes, de donner leur opinion, d’argumenter et  de prendre la parole en public.

Cette année la, un des thèmes abordé était le « KA ».Des groupes ont étés formés. Chacun devait faire des recherches autour du ka: son histoire, sa fabrication, ses joueurs…

Avec l’aide des parents, les élèves devaient remettre un dossier. Celui ci  n’avait qu’une moindre importance.

Le plus important était de connaitre son sujet et d’en parler à toute la classe. Certes, on pouvait utiliser le support écrit pour les photos. En aucun cas, on ne devait en faire la lecture. Ils pouvaient ce jour là, emmener  l’instrument.

C’était un long travail de recherche et de préparation. Les parents sollicités pour accompagner leur enfant pour les photos, reliures et interviews ont tous participé. Qu’ils soient ici  de nouveau  remerciés. Ils m’ont avoué  avoir apprécié ces instants avec leur enfant et avoir beaucoup appris.

Le jour des exposés arrivé, je ne savais pas trop ce que cela donnerait. Je vous avoue avoir été un peu anxieuse.

Je passais ce jour là une inspection.

Je décidai de leur faire confiance et j’ai eu raison.

Imaginez un petit bonhomme de sept ans, Stephen, debout devant le tableau et son ka posé sur le bureau. Il a débuté son exposé et dès les premiers mots, il nous a tous  captivé: l’inspecteur, la maîtresse, les camarades.

Il maitrisait parfaitement son sujet. Il ne montrait aucun signe de timidité. 

Mais où était donc la maîtresse ? Au fond de la classe, à l’écouter, tout comme l’inspecteur. Il fit un exposé magistral  et animé sur le ka. Il montrait les photos, les documents  et présentait l’instrument. Lorsqu’il eut fini, c’est avec beaucoup de naturel qu’il s’adressa à l’auditoire :

- Avez -vous des questions à me poser? 

Inspecteur, maîtresse et élèves l’interrogèrent. Il sut répondre à toute nos questions. Il termina en nous disant:

- Merci pour votre attention.

Quelle leçon de maitrise de soi et du sujet!  Il avait été parfait.

Tout aussi magnifique, l’exposé de Jérémy qui se déroula un autre jour.

Le sujet n’était pas le même. Cet enfant timide a su se dépasser. Il devait nous présenter une rue de notre ville.

En face de lui, un public attentif composé d’une autre classe, de parents invités  des maîtresses et bien sûr de ses camarades. De plus, ce jour là, un parent muni d’une caméra filmait et moi j’enregistrais. Il fut parfait.

Tu as su faire taire tes peurs  Jérémy et tu nous as offert tes connaissances.

L’utilisation du magnétophone était courante en expression orale, en récitation, en chant. Cela nous permettait, en nous réécoutant, de nous améliorer.

Je souhaitais, en utilisant caméra et magnétophone, rendre mes élèves capables de vaincre leur timidité, leur peur pour s’exprimer librement et correctement.

Les résultats obtenus avec le plus grand nombre ont été concluants.

Les enfants sont capables de nous surprendre, il suffit de leur faire confiance.

Tous les dossiers de recherche étaient exposés en fin d’année puis regagnaient leur place dans la bibliothèque de la classe ou celle de l’école.

Durant mes années d’enseignement, je me rappelle encore quelques uns des thèmes qui ont servi de sujet à ce type de dossier:

-  Les monuments de Pointe-à-Pitre

-  Les rues de Pointe-à-Pitre

-  Les lieux de légende : L’étang zombi, Zévallos, La mare de Grand-Maison, Le trou de madame Coco, La source de Poucet, Le grand étang…

Nous les avons tous visités.

  -  Les personnages de légende: Le soucougnan, Ti-Sapotille, La diablesse…

-  Les lolos d’autrefois

-  Les petits métiers d’antan: La marchande de feuillages, la marchande de balais, le fabricant de charrettes, le réparateur de chaussures, le tailleur d’essente, le fabricant de matelas…

-  Les communes de la Guadeloupe.

-  L’histoire de la monnaie en Guadeloupe.

-  L’histoire de la radio et de la télévision en Guadeloupe.

-  Notre archipel…

La réalisation de ses dossiers nous permettait de faire des recherches, des sorties et surtout des rencontres inoubliables.

 Ce qui m’amène tout simplement à vous parler de ceux que j’ai croisé dans l’exercice de mes fonctions.

Dans l’école, nous sommes appelés à rencontrer dans le cadre de  notre métier de nombreuses personnes : les élèves bien sûr mais aussi parents, collègues, intervenants, personnel de service.

Je donnerai la première place à ceux qui la méritent le plus.

 

LES ELEVES

 

Encore aujourd’hui, je me souviens d’eux avec tendresse et fierté.

Ils étaient chacun différent et unique. Turbulent ou sage, lent au travail ou rapide, bon ou mauvais lecteur, doué pour l’école ou non, ils avaient tous droit à mon attention. Non parce que j’étais payée pour cela, j’avais conscience que j’étais le maillon d’une chaîne qui devait faire d’eux les hommes et les femmes de demain. J’étais consciente de l’impacte que pouvait avoir mon enseignement sur leur avenir.

Certaines rencontres resteront à jamais gravées dans ma mémoire et dans mon cœur.

Rassurez-vous, je ne vous en livrerai que quelques unes mais il y en a tant.

 

Florence

 

C’était une petite fille charmante et malicieuse. Pleine de vie et d’intelligence. Son handicap: une surdité profonde de naissance.

A la demande de l’éducateur de son centre spécialisé, j’acceptai de l’intégrer dans ma classe de Grande -Section  et dans mon école car à cette époque, j’en étais la directrice.

Connaitre Florence a été pour moi d’une grande richesse.

Au début, je craignais de ne pas être à la hauteur de la tâche. Je harcelais son éducateur de questions, je voulus même apprendre la langue des signes. Je craignais de ne pouvoir communiquer avec elle.

Du monde de la surdité, je ne connaissais rien ou si peu. Florence m’a tout appris.

Au départ, j’avoue que la relation fut difficile. J’avais un peu de mal à m’adapter.

Apprendre à lui parler en lui faisant toujours face  ne fut pas aisé. Pourtant, cette merveilleuse enfant savait lire sur les lèvres. Il a fallu lui apprendre à ne pas crier pour s’exprimer, à obéir aux règles de la classe.

J’ai passé avec elle des moments uniques.

Pour écouter le conte du jour, elle s’asseyait à mes pieds, une main sur le magnétophone dont la musique faisait office de fond sonore, la tête appuyée sur mes genoux, elle fixait ma bouche. C’était sa façon à elle d’écouter. Elle comprenait et participait.

Quelle fut ma joie, lorsqu’elle me parla pour la première fois! Alors que je la grondais pour avoir été trop turbulente, elle me traita de méchante le front plissé, les yeux attristés. Loin de me fâcher, je fus plutôt surprise et heureuse. Je la serrai dans mes bras. Quelle émotion! Elle n’avait jamais fini de m’étonner.

A la fête de fin d’année, nous avions organisé une kermesse. Une danse était prévue sur le podium. Et bien, croyez moi, Florence au premier rang ne s’est jamais trompée. A sa façon, elle percevait la musique. Elle a été superbe!

 

Jacques

 

Jacques était très turbulent et avait la répartie facile. Ce jour là, il n’était pas de bonne humeur. Il avait un air renfrogné et ne paraissait pas prêt à débuter le cours de calcul.

-Que se passe-t-il Jacques? On ne veut pas travailler?

-Non !

La réponse fusa nette et précise.

-Tu ne veux donc pas devenir avocat comme papa?

-Non !

Je l’invitai à venir près du bureau.

-Allons, dis- moi ce qui ne va pas.

-J’aime pas les maths.

-Ouah! Comme moi! tope la, lui dis je en levant la main.Tu es comme moi. Moi aussi je déteste les maths.

Je l’avais surpris, il en resta bouche bée. Il regagna sa place sagement et participa à la leçon.

 

Daniel

 

Daniel était le boute -en- train de la classe et un bon élève. Depuis bientôt deux jours, il ne participait plus, il semblait ailleurs. J’ai tout d’abord pensé qu’il manquait peut-être de sommeil, que cela n’était qu’une fatigue passagère. Je ne m’attendais pas à ce que j’allais découvrir.

Il me fallait savoir ce qui n’allait pas.

J’attendis le moment propice pour lui parler. Celui ci se présenta durant la récréation.

N’ayant pas de zone de surveillance dans la cour ce jour- là, je mis à profit cet instant pour l’interroger.

- Alors, Daniel, que t’arrive-t-il? Tu peux me dire ce qui t’ennuie .Es-tu fatigué?

Là, ma surprise fut très grande.

 Il fondit brutalement en larmes. Je ne m’y attendais pas.

- C’est tonton, me dit -il.

- Raconte-moi ce qui te cause tant de chagrin.

- Tonton, maîtresse.

Je n’osais pas trop lui poser de questions de peur qu’il ne se bloque mais je devais savoir ce qui le peinait tant.

D’une traite, il me raconta avec ses mots, ce que lui faisait subir son oncle lorsqu’il rentrait le midi. Je fus horrifiée.

- L’as-tu dis à maman ?

- Non, maîtresse.

- Ce que fait tonton n’est pas bien. Nous allons l’empêcher de recommencer. Es-tu d’accord?

- Oui, maîtresse.

- Allez, va avec tes amis.

Essuyant ses larmes, il rejoignit ses camarades dans la cour.

J’avisai immédiatement le directeur. Celui- ci me chargea de prévenir la mère.

Lorsque la maman vint récupérer son enfant, je l’attirai à l’écart. J’avais préparé chaque mot afin de ne pas la blesser.  Je me devais d’être aussi très convaincante. Je lui expliquai alors le drame que vivait son fils. Elle devait pressentir que quelque chose n’allait pas. Je  n’eus pas à la convaincre,  elle me crut et pleura. Je fis de mon mieux pour la consoler. Je ne lui demandai pas ce qu’elle comptait faire. Ce n’était pas le moment. Elle était trop bouleversée.

Je sus par la suite qu’elle avait fait ce qu’il fallait. Avec beaucoup de courage, elle dénonça son frère qui fut jugé pour ses actes.

Daniel ne devint pas aussitôt le petit garçon qu’il était mais il se remit au travail.

Il m’avait confié son secret et fait confiance: Pour moi c’était un don.

 

Edwige

 

Pour la deuxième année consécutive, Edwige m’avait pour enseignante. L’année précédente elle était dans ma classe de CP et m’avait suivie comme le reste de mes élèves lorsque je pris une classe de CE1.

Enfant hyper- active, elle se faisait souvent grondée.

Un matin, elle arriva en classe avec un œil au beurre noir.

- Qu'est-il arrivé? Lui demandai-je

- Je suis tombée, me dit-elle.

- Tu dois faire attention, tu es trop jolie.

Une de ses camarades entendit notre conversation et attendit l’heure de la récréation pour me chuchoter:

- Ce n’est pas vrai, maîtresse. Edwige n’est pas tombée, c’est sa maman qui l’a frappée.

- Merci, tu as bien fait de me le dire.

Je laissai passer la matinée et demandai à Edwige de venir me rejoindre. Les autres élèves occupés à dessiner ne nous prêtaient aucune attention.

Avec elle, les choses ne furent pas faciles. Elle ne m’avoua que deux jours plus tard la vérité. Sa mère excédée, l’avait corrigée avec un ceinturon et c’est la boucle de celui-ci qui lui avait valu sa blessure à l’œil. Elle me précisa que ce n’était pas la première fois. Elle me montra son dos affreusement marqué. J’alertai le directeur .

A cette petite fille j’expliquai que parfois les mamans sont fatiguées et qu’il faut rester sage.

Vous pensez que je cautionne la mère, vous faites erreur.

Dès le lendemain, j’invitai cette jeune maman à venir me rencontrer. Elle me promit de mieux gérer ses colères dues à la fatigue. Je la crus et lui donnai une chance. Je fis une erreur qui aurait pu être fatale à mon élève.

Hélas, elle recommença et ce fut pire. Directeur, inspecteur et service de maltraitance furent informés. La mère ne vint plus à mes rendez vous et Edwige ne retourna plus en classe durant un mois.

J’appris par le service social  que son bébé lui avait été enlevé et que mon élève avait été confiée à son père. Je ne le savais pas encore mais ce n’était pas la première fois que ses enfants lui étaient enlevés.

Au bout d’un mois, la petite regagna sa classe. La mère vint me voir et me remercia, elle avait pris enfin conscience qu’elle avait besoin d’aide. Depuis, nous avons gardé de bons rapports.

 

Lise

 

Son histoire, même si elle ressemble un peu à celle d’Edwige, est particulière.

Elle arriva dans ma classe en cours d’année. A la demande de mon inspecteur et de mon directeur j’acceptai de la recevoir.

On me prévint que sa mère accusait la maîtresse précédente de mauvais traitements.

Je vis arriver une enfant timide et renfermée, au regard fuyant, la tête rentrée dans les épaules.

Je la présentai au reste de la classe et tout de suite, Anne se proposa pour être son guide au sein de l’école. Elle abandonna bien vite sa tâche n’arrivant pas à communiquer avec sa nouvelle camarade.

Pendant dix jours, malgré mes efforts, je ne pus entendre le timbre de sa voix. Elle était tout simplement là, silencieuse. Elle ne participait à aucune activité malgré les encouragements du reste de  la classe. Je ne voulais pas la heurter mais il me fallait trouver une solution pour la sortir de son mutisme.

Il me fallait improviser.

Le temps pressait, le groupe classe commençait à montrer des signes de rejet. Son comportement lui faisait du mal et menaçait la cohésion du groupe.

L’ayant prise à l’écart, je m’adressai à elle en ces termes:

- Lise, si tu ne veux pas travailler, pas de problème. A partir d’aujourd’hui tu changes de place. Tu vas t’assoir au fond de la classe et je ne te demanderai plus rien. Lorsque tu seras prête, dis le moi.

Résignée, elle alla s’assoir au fond de classe.

Mon cœur se serra de la voir ainsi. Je savais que je risquais de l’isoler mais il me fallait faire quelque chose. Je ne pouvais pas laisser cette enfant en dehors de la classe. Je risquai le tout pour le tout.

Vous êtes sans doute scandalisés. J’assume.

Cela dura trois longs jours, durant lesquels je me remis en question. Je m’interrogeais sur ma méthode. N’étais- pas en train de faire une erreur?

Cela fut très dur: je l’ignorais en faisant l’appel, je ne lui demandais plus de participer à la lecture, je ne ramassais plus ces cahiers.

Le troisième jour, elle s’approcha de mon bureau et me chuchota:

- Je suis prête maîtresse.

J’entendais enfin sa voix et je sus que nous avions  gagné. J’annonçai à toute la classe le retour de Lise parmi nous. On l’applaudit. De ce jour, elle regagna sa  place devant. Elle appartenait enfin à la classe.

Certes, elle ne perdit pas son caractère timide  mais elle participait aux activités.

Pendant les récréations elle ne prenait part  à aucun jeu. Très souvent, elle demeurait seule. Ce comportement m’interpella.

Ce mardi là, pendant la séance de lecture, je remarquai des traces sur ses avant-bras. Il est vrai qu’elle portait souvent des manches longues et je n' avais jamais vraiment porté d’importance à ce détail.

Je l’interrogeai :

- Es-tu tombée? Qu’as-tu donc fait pour avoir ces traces?

- Non, maîtresse, c’est maman. Elle était fâchée, elle n’a pas voulu croire que je n’avais pas de leçons.

Sa franchise, je l’avoue me surprit.

Elle continua:

-Tu sais, maîtresse, elle se fâche souvent. Elle fait comme ça avec un feutre.

Joignant le geste à la parole, elle fit mine de s’enfoncer le feutre dans le palais puis sur les bras. Je fus stupéfaite.

-Tu sais, ce n’est pas de sa faute, maman est fatiguée. 

Je pense avoir fait ce qu’il fallait: Psycologue, assistante sociale ont mené leur enquête.

La mère m’en voulu beaucoup et tint à me le dire: sa convocation à la police lui avait fortement déplu.

Dépressive, elle allait très mal, elle avait besoin d’aide. On confia Lise à sa grand-mère qui ignorait tout du traitement que subissait sa petite fille. La maman fut hospitalisée puis revint à la maison.

Lise avait retrouvé le sourire et des amis. Maintenant, en récréation, elle n’était plus seule.

 

José

 

Dans cette classe de CP, José était le plus turbulent, le plus bavard. Le cauchemar d’un enseignant! Mais il savait jouer de son charme et je le trouvais très attachant.

Nous étions à la veille des fêtes de noël et nous nous apprêtions à décorer la classe. Je recherchais des guirlandes dans un carton. Soudain, une souris jaillit de celui-ci. Horreur! Je détestais cette petite bête! J'en avais une peur bleue!

Oubliant mon courage, je grimpai sur ma chaise en poussant un hurlement qui ameuta mes collègues.

Mais, José fut le premier à se précipiter à mon secours. Il chassa la souris hors de la salle mais ne put s’empêcher de s’esclaffer.Il riait aux éclats en disant:

- La maîtresse a peur de la souris !

Ses yeux pétillaient. Il riait vraiment de bon cœur.

Lentement, avec ce qu’il me restait de dignité, je descendis de ma chaise. Je n’étais pas très fière devant mes élèves et les collègues accourus.

José vint près  de moi et en me caressant la main, il  me dit :

- N’ai pas peur, maîtresse, je suis là.

Je fus très émue devant ce petit homme qui du haut de ses six ans cherchait à me protéger.

Bien des années plus tard, j’ai rencontré ta mère. Je lui demandai de tes nouvelles et c’est avec tristesse que j’appris que tu avais quitté ce monde à la suite d’un accident.

Tu vois, je ne t’ai pas oublié.

 

 Tant de souvenirs d'instants passés avec ces enfants me restent en mémoire, car vous vous en doutez Florence, Jacques, Edwige, Lisa et José ne sont pas les seuls.

 

LES PARENTS

 

 De ce métier, je retiens aussi de précieuses rencontres avec mes parents d’élèves. Leur rôle a été important pour l’enseignante que j’étais. J’ai toujours vu en eux des partenaires privilégiés. J’avais besoin d’eux pour mieux connaitre leur enfant.

Dès le jour de la rentrée, ils savaient ce que j’attendais d’eux  et connaissaient les limites à ne pas dépasser.

Après m’être présentée, je m’adressais ainsi à eux lors de notre première rencontre:

- Il est nécessaire que nous travaillons ensemble vos enfants en ont besoin. Vous pourrez me rencontrer quand vous le souhaiterez. Mais sachez que la pédagogie c’est mon domaine. Vous comprenez que je n’irais pas apprendre, à l’un de vous, s’il est médecin, comment soigner son malade. Pour me contrôler, l’Education Nationale a tout

prévu,directeurs, inspecteurs, recteurs et même un ministre. Si l’un de vous n’est pas satisfait de ma façon de dispenser mes cours, il est libre de changer son enfant de classe ou d’école.

Ces précisions apportées, ils savaient que je pourrais faire appel à eux.

Ils ont toujours été présents lorsque nous les sollicitions. Ils demeuraient nos intervenants préférés dans la mise en place de nos projets.

Je rencontrais souvent les parents. Chaque mois, ils pouvaient consulter les cahiers et pouvaient suivre ainsi les progrès de leur bambin. Ils étaient au courant de notre programme et savaient sur quoi nous travaillons. Sorties et projets étaient prétextes à se rencontrer.

Chaque année deux parents étaient désignés lors de notre première réunion pour participer à une journée porte ouverte. Cela consistait à passer toute une matinée en classe.

Beaucoup ont aimé, d’autres en sont sortis épuisés. Cette collaboration était positive pour les enfants. Ils étaient très fiers de voir leur maman venir nous préparer une recette,  confectionner les coussins de notre coin bibliothèque  et de savoir que papa avait réalisé notre présentoir pour les livres. Tout comme les enfants j’ai fait de grandes découvertes à travers les talents de ces parents.

Ils animaient volontiers nos ateliers cuisine. Nous avons dégusté des frites et la pizza de fruit à pain !

N’allez surtout pas croire que nous nous amusions et faisions passer le temps. Toutes ces activités avaient leur place dans nos projets et par là même englobaient toutes les disciplines enseignées à l’école.

Prenons pour exemple la préparation d’une recette. En la réalisant, nous faisions de la lecture, de l'expression orale,de l'écriture, des mathématiques, de l’histoire, du dessin, de la dictée, de l’art plastique et bien d’autres.

Grâce à vous parents, nous avons eu des ateliers de couture, dans lesquels les enfants ravis apprenaient à enfiler, faire le point avant et arrière, assembler, tailler. Ils n’avaient qu’une hâte, réaliser leur coussin ou leur tablier.

Dans le cadre de nos nombreux projets, nous avons rencontré et cela avec vous parents, des artistes peintre (Lucien Léogane, Maude Ogier),   un réalisateur, une chanteuse (Joëlle Ursule), un poète(Serge De Vipart), un écrivain (Ernest Pépin),un comédien (Eddy Arnell), une  animatrice radio (Judith de RCI), une journaliste (Bergette De Saint –Jacob)…

Nous avons participé à des émissions de télévision sur l’éclipse solaire, la citoyenneté, les droits de l’homme. 

Nous avons participé à la semaine de la presse à l’école et remporté le deuxième prix du journal scolaire et du reportage dans la même année.

Certains de ces parents sont devenus des amis et le restent encore. Il y a Nelly, Marie-Louise, Patricia et les autres.

Pendant toutes ces années, je n’ai eu de relation difficile qu’avec un parent.

Cette maman était furieuse car je m’étais absentée pour des raisons de santé et je n’avais pas été remplacée. Je lui fis remarquer que je n’étais en rien responsable des carences de l’administration. Elle n’a guère apprécié ma réponse.Le lundi suivant, elle avait changé son fils d’école. Il était dommage que cet enfant ait eu à subir l’impulsivité de sa mère.

L’école doit être ouverture sur le monde et les autres, elle ne doit pas se cantonner aux quatre murs de l’établissement. Il m’est bien souvent arrivée de faire mes cours sous un manguier ou un flamboyant lorsque l’implantation de l’école le permettait. Aller à la rencontre des autres demeure un enrichissement et nous prépare à vivre en société.


COLLEGUES ET SUPERIEURS HIERARCHIQUES

 

De la majorité de mes collègues, j’ai gardé un excellent souvenir.

Tout  d’abord, de celles  qui m’ont aidé à mes débuts. Attentives et généreuses, elles ont su me donner l’amour du métier.

Merci à Huguette, souriante, dynamique et compétente, elle a tout fait pour que je me sente à l’aise. Elle m’a conseillée et guidée. Grâce à elle, mon premier examen, passé dans sa classe; n’a été qu’une formalité. Aujourd’hui retraitée, elle n’a pas changé. On se revoit toujours avec plaisir.

Merci à tous ceux que j’ai croisé et connu dans les différents établissements fréquentés.

Merci à tous ceux avec qui je partageais une véritable amitié: Marie -Alice, Sylvie, Elise, Jean-Pierre, Raymond, Jacques, Julien, Nicole, Colette, Sonia…

La liste serait encore bien longue.  

Ceux avec qui je travaillais en équipe pour des échanges de service, les préparations des programmes, la mise sur pieds des projets pédagogiques, l’organisation des sorties…

Malheureusement les relations entre collègues n’étaient pas toujours aussi idylliques. Loin de là.

Comme dans tous les corps de métier, les caractères se heurtaient parfois, les jalousies naissaient, des clans se formaient. En un mot, la nature humaine se dévoilait.

Votre classe, donc un peu vous, recevait une invitation du maire, faisait un passage à la télévision, gagnait un prix, en somme brillait un peu trop et tout dérapait.

Vous étiez un peu trop dynamique, vous faisiez des projets, organisiez des sorties et cela repartait de plus belle: Des rumeurs circulaient et si vous n’aviez pas un caractère fort, cela pouvait vous décourager.

Le plus souvent, lorsque j’étais en butte avec cette situation, je faisais miens les proverbes « Les chiens aboient et la caravane passe »,  On ne lance des cailloux qu’aux arbres qui portent des fruits », « Celui qui fait quelque chose a contre lui la grande armée des gens qui ne font rien ou qui voudraient faire la même chose ».

En un mot, je ne me laissais pas abattre et m’amusais parfois de la situation.

L’anecdote que je vais vous conter illustre bien le climat qui régnait.

Dans cette école, (non vous n’en saurez pas le nom), j’ai enseigné quatorze ans et j'ai passé de bons moments troublés durant trois ans par le comportement d’une collègue et d’une seule. 

Pour faciliter mon récit, je lui donnerai le prénom de son héroïne.

 

NICOLE


Elle enseignait en classe de CP. C’était une très bonne enseignante. Jusque là nous avions travaillé en parfaite collaboration. Notre enseignement était vivant, nos élèves et nos parents semblaient satisfaits. Mais voilà, une fermeture de classe me propulsa au CE1. Des programmes différents, l’éloignement des salles me poussèrent à travailler avec une collègue de CE1. Je m’entendais parfaitement avec celle-ci et nous formions une bonne équipe. Nous appliquions de nouvelles méthodes qui plaisaient à nos élèves et à notre hiérarchie. Inspectées toutes deux cette année là, notre travail a été reconnu.

Tout cela n’était pas pour plaire à cette chère Nicole qui eut des réactions exagérées.

Elle alla même un jour jusqu'à interrompre une de mes réunions de parents .Ce jour là, elle fit irruption dans la salle sans frapper, sans s’excuser, sans  saluer les parents présents et se mit à m’invectiver.

D’abord surprise par son intrusion, je lui demandai ce qu’elle désirait. Elle en perdit ce qu’elle voulait dire, se mit à bafouiller et quitta tout aussi rapidement la salle qu’elle y était entrée. Je ne sais toujours pas ce qu'elle tenait à me dire ce fameux jour.

Elle m’a mené la vie dure durant quatre ans puis faute de combattant et de guerre lasse, elle s’arrêta.

De sa part, j’ai tout connu: lettres à l’inspecteur, à mes parents d’élève, fausses rumeurs sur ma vie privée …

Aujourd’hui, je ne peux que lui dire merci. J’ai appris à faire face aux difficultés de la vie et à ne donner de l’importance qu’aux gens et aux choses qui le méritent. J’ai aussi appris à ne pas donner aux autres et aux évènements de pouvoir sur ma vie.

Nous sommes tous en transit sur cette terre et autant bien profiter du meilleur.

J’avoue que je n’étais pas toujours facile et ne me laissais  pas faire.

En m’apprêtant à vous parler de mes relations avec mes supérieurs hiérarchiques, c’est cette pensée qui domine.

A mes débuts dans la profession, la visite d’un inspecteur dans une classe et même dans l’école éveillait chez  le directeur et les collègues une agitation proche de la panique. Croyez moi j’exagère très peu. Je n’ai jamais voulu donner à ce genre d’évènement trop d’importance. Après tout, il ne s’agissait à mes yeux que d’une formalité. L’essentiel était de remplir convenablement sa tâche et de justifier ses méthodes. Je restais zen. Il m’arrivait souvent de solliciter mes inspections lorsque la période était arrivée et parfois j’insistais beaucoup. Car voyez vous, j’avais une nette préférence pour les mois allant de janvier à mars. J’ai toujours pensé que c’était les meilleurs moments pour passer une inspection. Je me souviens de cet inspecteur rencontré au super marché à qui je rappelais que j’aimerai bien avoir sa visite. Il a été très surpris. Mais j’avais gagné, il est venu quinze jours plus tard au mois de février.

J’ai toujours pensé  qu’entre  inspecteur et enseignant devait régner le respect.

Malheureusement, certains inspecteurs tenaient à jouer au chef. Ils avaient le pouvoir de mal vous noter et cherchaient  à vous intimider.

J’en ai croisé un.

 

L’inspecteur

 

Notre premier contact ne fut guère plaisant. Il est arrivé dans ma classe accompagné du directeur afin de se présenter. Il avait atterrit en Guadeloupe il y avait tout juste quatre jours. Cet élément plaide pour sa défense .Un air suffisant vissé sur le visage, imbu de lui-même, il semblait tout savoir et tenait à vous le montrer. En somme, l’exemple type de l’inspecteur que j’abhorrais. Sa visite de présentation se transforma vite en mini inspection. Il ne pouvait s’en empêcher. Il critiqua tout : le manuel utilisé, l’emplacement du mobilier. Comble de mépris ou de la lâcheté, il ne s’adressait pas à moi, semblant m’ignorer. Le directeur courtois   ne voulut pas l’interrompre. Étais-je vraiment trop ignorante pour comprendre son discours ? Pourtant la plus concernée c’était bien moi .Le choix du manuel avait été fait en concertation avec les collègues et la disposition des tables c’était mon choix, j’avais mes raisons et je ne pus m’empêcher de le lui expliquer. Il se tut enfin et écouta. J’avoue que ce premier contact m’avait déplut.

Lorsque qu’il vint, trois mois plus tard m’inspecter, il avait perdu de sa superbe et se conduisait avec plus de respect.

Bientôt nommée directrice, ce fut encore lui qui m’inspecta .Il s’améliorait de visite en visite.

 

Monsieur l’Inspecteur

 

Notez les majuscules !

Celui là était et est, puisqu’il est toujours en fonction, l’inspecteur que beaucoup d’enseignants souhaiteraient avoir. Humain, respectueux, à l’écoute de ses interlocuteurs et ayant une parfaite connaissance des programmes. Ses remarques étaient judicieuses et enrichissantes. Elles ne visaient qu’à vous pousser à vous améliorer et non à vous rabaisser comme nombreux de ses collègues aimaient à le faire. Il aimait le travail bien fait et visait toujours l’intérêt des élèves. Il rencontrait souvent l’équipe pédagogique lors d’animations sur l’école et les débats étaient fructueux. Droit et très professionnel, il m’a beaucoup apporté et à souvent contribué à mon amélioration.

C’est un homme de bien et je lui souhaite le bonheur dans sa vie.

Durant ma longue carrière, j’ai rencontré de nombreux inspecteurs et inspectrices, mais je vous le confie, ce dernier a été l’un des meilleur.  

 

Un peu en dessous dans l’échelle hiérarchique, ayant tout autant de valeur si ce n’est plus pour l’école, se trouve le directeur.

 

Le directeur

Il existe de nombreux types de directeur ;

Il y a ceux qui communiquent à peine avec le reste de l’équipe et ne font aucune liaison avec les autres acteurs de l’école. Avec eux, le dialogue est quasi impossible. Son rôle est presque inexistant aux yeux des maîtres. Il se contente d’être simplement  présent et de remplir les tâches administratifs, ce qui en soi n’est pas si mal et de paraître dans les grandes occasions. Il ne sait pas grand-chose de se qui se passe dans son école.

Ce genre de directeur adore les caméras de télévision  mais parfois, il peut représenter une menace pour les élèves et l’équipe.

Une de mes collègues a bien failli y laisser la vie.

Ce jour là aurait pu être néfaste.

Un père, furieux de la décision du tribunal ayant confié la garde de son fils à la mère après le divorce, fit son entrée dans l’établissement scolaire. Il tenait pour responsable de la situation, l’enseignante

Le directeur ne l’avait même pas interrogé sur les raisons de sa venue. Il s’est contenté de lui indiquer la salle de classe .Ma collègue ne dut sa survie qu’au sens d’observation d’une des femmes de service qui vint l’avertir de cette visite. Elle avait aperçu une arme et avait couru pour précéder le parent. Avec la complicité de ses collègues, la maîtresse passa de classe en classe par les portes de communication, jusqu’à se réfugier derrière un placard.

Après des recherches infructueuses, le parent partit avec son enfant .Le directeur ne fit son apparition et ne vint aux nouvelles que plus tard. Bien entendu, il eût quelques petits ennuis, le père étant parti avec l’enfant. Il y a aussi le directeur qui n’attend plus que sa retraite à la fin de l’année .Celui là, n’allez surtout pas le déranger

pour des problèmes internes. Les problèmes, pour lui, n’existent pas.

Une petite du CE1 se fait agresser en venant à l’école, ce n’est pas son problème. La petite, traumatisée sanglote et tremble sur le préau. Ce n’est pas son problème, cela s’est passé en dehors de l’école, argumente –t-il.

Il nous a fallu, aux collègues présents, trente minutes pour le convaincre d’appeler les parents.

Il y a le directeur imbu de sa personne. Il tient à montrer son pouvoir. Il n’hésite pas à vous mépriser et vous harceler.

Des autres, je m’en suis accommodée mais de celui là, j’ai gardé un très mauvais souvenir.

J’enseignais alors dans une charmante école de campagne et je m’y plaisais beaucoup.

Durant une année, il n’y eut aucun problème. Chacun à sa place et tout allait bien.

Mais voilà que l’on décide de scinder cette grande école : Les classes enfantines feront partie de la nouvelle école maternelle qui sera créée. Une directrice ou un directeur la dirigerait. Je profitai de l’opportunité et passai l’examen nécessaire pour être directrice. Me

voilà promue directrice et nommée dans la nouvelle école. L’école maternelle, géographiquement se situait dans la partie gauche de l’établissement, l’école élémentaire occupait l’aile gauche.

Dès ma nomination, mes relations avec mon ancien directeur changèrent radicalement. Je pense qu’il n’avait pu supporter de perdre des classes ou peut-être n’avait il accepté de voir son adjointe lui faire de la concurrence. J’ai pourtant tenté le rapprochement. J’ai voulu lui expliquer que je n’étais en rien fautive de la création de la nouvelle école. Rien à faire.

  Notons pour sa défense que mon école obtint du maire en place toutes les installations, réfections et matériels nécessaires : nouvelles peinture, mise à la norme des toilettes, mobilier neuf adapté aux petits, aire de jeux. L’installation de cette espace de jeux a créé de nombreux problèmes. En effet sa réalisation demandait la réduction de la cour de récréation des grands. Il fallait octroyer aux petits un espace strictement réservé.

Le jour où les ouvriers vinrent, le directeur vit rouge et s’interposa. Il vociférait et refusa les travaux .Il fallut tout le tact du maire venu en personne pour le raisonner.

De ce jour, je fus pour lui l’ennemi public numéro un et décida de faire de ma vie un enfer .Il menaçait en permanence la tranquillité et la sécurité des petits : détérioration du matériel, non respect des limites de la cour durant les récréations (ce qui occasionna quelques chutes sévères chez les petits), bruits durant la sieste…

Il perturbait ainsi le bon fonctionnement de mon école.

Je ne me laissais pas faire et cela le contrariait. Alertés, inspecteur, directeur, maire, parents tentèrent de lui faire entendre raison. Il changea alors de tactique : des fausses rumeurs circulèrent alors sur ma vie privée et ma pédagogie. Un jour, les choses ont été trop loin : un parent remonté par lui vint me menacer à mon domicile. Cette fois, c’en était assez ! Je décidai de porter plainte pour diffamation. Comme un seul homme, inspecteur et syndicat m’ont dissuadée. Cela mettrait à mal l’image de l’école, le linge sale se lave en famille me dit on.

J’acceptai mais posai mes conditions : accepter ma demande de mutation déjà déposé.

A cette époque, j’avais construit ailleurs et souhaitait me rapprocher de mon nouveau domicile.

On me combla .J’obtins le poste de mes rêve et j’y restai quatorze ans.

Je sus quelques mois plus tard que celle qui m’avait remplacée vivait la même situation.

Rassurez vous, tout n’est pas sombre chez les directeurs.

Il en existe et ils sont plus nombreux, ceux qui font leur travail.

Ils savent faire le lien entre tous les partenaires de l’école : enseignants, parents, personnel de service et autres. Ils savent être à l’écoute de chacun et gèrent au mieux les problèmes quotidiens, gardent de bons contacts avec les municipalités pour défendre au mieux les besoins de leur établissements. Diriger une équipe n’est pas facile, il leurs faut faire face aux susceptibilités de chacun, répondre aux attentes des parents et savoir répondre à leurs inquiétudes, imposer son autorité avec tact. C’est tout cela être directeur ou directrice et bien plus encore. Son rôle est primordial et de lui dépend en grande partie la bonne marche de l’établissement qui lui est confié.

De ses directeurs, j’en ai souvent rencontrés. Je voudrais leur dire ici toute mon admiration pour la tâche qu’ils accomplissent.

D’autres acteurs de la vie scolaire méritent aussi mon attention. Ce serait un manquement grave que de les oublier. Chacun d’eux a une place importante dans le bon fonctionnement de l’école. Ils sont plus ou moins en contact avec les enfants et dépendent de la municipalité ou de l’éducation nationale. Il s’agit du personnel dit «  de service ».Sous cette appellation figurent le concierge, le personnel d’entretien, celui de la cantine, les ATSEM ; Je tiens à saluer  leur dévouement, leur gentillesse, leur patience face à nos chers bambins.

Aides précieuses, personnel indispensable pour l’école et les maîtres.

Merci à Mirella, Juliette et toutes les autres discrètes et efficaces qui m’ont été d’un grand secours.

Comme dans toutes sociétés, nous rencontrons des personnages très différents. De chacun d’eux, j’ai gardé des souvenirs. Tous à leur manière ont contribué à mon développement et m’ont aidée à être la femme que je suis  et je leur en suis reconnaissante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         

 

 

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Marie 14/12/2009 19:50


Pour avoir déjà lu ce billet [j'aurais pu en rédiger un sur le même thème mais pas aussi bien] et qui semble n'avoir reçu aucun commentaire, mon intervention ici ne sera pas trop visible ... c'est
juste parce que je voulais savoir et les indices me confirment dans le lien : notre point commun est Paul. J'ai tout bon ? merci d'avoir laissé une frise de mots iCi, enfin là-bas.