CARNAVAL EN GUADELOUPE 3

Publié le par Nysida



LA MUSIQUE

La musique fait partie intégrante du carnaval, très variée, elle se compose de nombreux rythmes plus ou moins  rapides: biguine classique, biguine vidé, mizik a mass sin jan, mizik a mass gro siwo ... Chacun d'eux est spécifique au défilé, au vidé, au déboulé ou aux masques.
 Les répétitions des musiciens sont choses sérieuses et commencent dès l'ouverture des festivités. Il faut être parfaits pour interpréter les différents morceaux qui accompagneront  les sorties et éviter les couacs.



LES INSTRUMENTS

Certains sont préparés très tôt.
 Les calebasses sont évidées, elles serviront de cha-cha ( maracas) une fois remplies de graines de réglisse. La recherche des fûts de plastique (grands ou petits selon le son que l'on veut obtenir) est primordiale. Il s'agit aussi de confectionner les bâtons rembourrés de tissu et de caoutchouc, de trouver les tuyaux de bambou ou de plastique et de s'approprier la conque de lambi qui émettra le meilleur son.
 L'accordéon, la flûte ( utilisée par les" mass a miwa"), les synthétiseurs ont aussi leur rôle.
  Mais les tambours gardent la place la plus importante. On différencie les caisses claires ( les batteries sorties de leur support), les peaux (tambours recouverts de peau de cabri) et les fûts de plastique.
Chaque groupe a ses musiciens ou son orchestre monté sur des chars.

LES TEMPS FORTS

Hors les défilés, vidés et déboulés qui se déroulent dès le premier dimanche du mois de janvier dans les communes, il existe les moments forts du carnaval.

Lundi gras:
 Il débute par le vidé en pyjama à 5h du matin. La foule se retrouve dans la rue au son des tambours. Cette fois, les choses sérieuses commencent!
Plus tard, dans l'après- midi, les enfants des écoles accompagnés de leurs maîtres et de leurs parents défileront à leur tour dans les rues de la ville. Leur participation n'a rien à envier à celle des grands.
Dès le mois de janvier, chaque école a choisi son thème, ses costumes ( différents pour chaque niveau, ainsi les petits du CP n'auront pas le même que ceux des CE et du CM). Les enfants ont fabriqué la banderole qui portera le nom de l'école et du thème. Les maîtres ont contacté les musiciens des groupes les plus prestigieux pour l'accompagnement musical. Certains élèves ont participé aux répétitions. Ils feront ainsi partie du groupe l'espace du défilé. Il aura fallu aussi préparer la chorégraphie.
 Croyez moi, pour l'avoir vécu, ce n'est pas une mince affaire que d'organiser le carnaval tout en continuant à dispenser les cours en maintenant l'attention des enfants!
A l'heure du défilé des écoles, la vie de la ville s'arrête un instant. Les badauds sont nombreux.Passants, commerçants, clients, employés de bureaux sortent pour applaudir et féliciter nos petits. Ceux-ci, très fiers, se déhanchent de plus belle, sourient à maman qu'ils reconnaissent dans la foule, envoient des baisers. Le circuit organisé est parfois un peu long et se déroule sous un soleil de plomb et pourtant, ils ne se plaindront pas. Ce moment, ils l'avaient attendu et le savourent pleinement.
Le soir, ils dormiront bien. Il leur faudra être en pleine forme pour défiler à la parade du mardi gras avec le groupe de leurs parents et leur nouveau costume.

Mardi gras:
C'est le jour de la grande parade et des concours de groupes. Ils sont tous de sortie vêtus de leurs plus beaux atours.
Devant un jury d'experts, ils seront jugés sur les costumes, la musique, les chants et la chorégraphie. C'est un magnifique spectacle, un déchaînement de sons, de couleurs et d'images.
Plus tard, ils regagneront leur place dans le défilé.
En tête de celui-ci arrive Vaval en personne. Il est représenté par un bwa- bwa( pantin désarticulé). Sa cour le suit: le roi, la reine, le prince et la princesse du carnaval élus pour l'année, suivis des groupes à pieds, des mass à gro siwo, des mass à fwé, des mass a kon, des mass a miwa, des mass a ruban, des mariages burlesques, des diablesses et des diabs vêtus de rouge, des moko zombis, des chars et de la foule.
Commencée en milieu d'après- midi, la liesse populaire se poursuivra tard dans la nuit sous l'oeil vigilant du service de sécurité et de la Police Municipale.

Le Mercredi des Cendres:
Dès le matin les radios annoncent la mort du sieur Vaval. Cet avis, dit-on, est demandé par les membres de sa famille: soukounians, diablesses, diabs et zombis.
Vaval est mort! 
La foule se réunit en fin d'après- midi pour l'enterrement et suit le cercueil.  Le prêtre a fait le déplacement avec les religieuses et les enfants de choeur. Les amis et les parents sont tous vêtus de noir et de blanc, ils ont le visage recouvert de cendre ou de farine en signe de deuil et ont la mine éplorée. Ils hurlent de douleur, pleurent et se lamentent. Enfin, on entame la chanson de circonstance:

          Vaval, Vaval, Vaval pa kité nou
 ( Carnaval, ne nous quitte pas)
           Malgré la vi la red, Vaval pa kité nou!
 ( malgré la vie dure, ne nous quitte pas)

Au crépuscule, Vaval sera brûlé puis jeté à la mer.

Vaval est mort, vive Vaval!
Le carnaval ne s'arrête au Mercredi des Cendres que momentanément. Il reprendra Jeudi de la Mi-Carême.

Le Jeudi de la Mi-Carême:
Vaval renaît de ses cendres et c'est de nouveau carnaval le temps d'un jour.
Vêtue de rouge et de noir, la foule en délire crie la résurrection  de leur idole. Pour l'occasion, un nouveau bwa- bwa est confectionné et ouvre le défilé, le dernier de l'année.
Enfin, chacun épuisé la tête pleine de souvenirs retournera chez soi. Demain, le travail reprendra.
On se reverra tous l'an prochain!


NOTRE CARNAVAL S'EXPORTE

Beaucoup de nos groupes, en bons ambassadeurs de notre musique et de notre carnaval, s'exportent: Bordeaux, Toulouse, Paris, Londres, New-York, Canada, Trinidad, Dominique...
Ce fut le cas d'Akio, Karmélo, Voukoum, Waka chiré band, Point d'interrogation, Matamba, Nasyion a neg maron, kontak et de bien d'autres.


LEXIQUE:

Soukounian: Personnage de légende diabolique.
Vaval: nom créole donné au carnaval.
Diablesse: Personnage de légende. On la reconnaît à son pied de bouc. Réputée jolie femme, elle fait tomber les hommes qui ont le malheur de croiser sa route.
Diab: Diable
Calebasse: Fruit du calebassier, de forme ronde ou ovale. Coupée, évidée de sa chair acide, la calebasse est utilisée comme récipient ( kouï). Elle était déjà connue des indiens caraïbes.
Lambi: Strombe. Grand mollusque gastéropode dont la chair est très prisée dans la cuisine guadeloupéenne. Sa conque est utilisée pour la fabrication de bijoux ou comme instrument de musique.

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salaire plombier paris 26/01/2015 13:02

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

nysida 02/02/2010 23:14


Contente de vous retrouver. A très bientôt


Victor DEL REY 02/02/2010 22:29


Intéressant votre article. Il permet de connaitre cette culture....