MON PERE, MON HEROS

Publié le par Nysida

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  Je ne pouvais que donner une place de choix si ce n’est la première, dans ces écrits consacrés aux rencontres qui ont marqué ma vie, à mon père.

Il demeure celui à qui je dois ce que je suis et je lui dois beaucoup.

  Mon amour pour lui ne s’est pas

éteint le 13 septembre 1983, jour de son décès.

Si j’ai choisi aujourd’hui de vous parler de lui, c’est qu’à lui seul, il représente de vraies valeurs humaines : générosité, honnêteté, courage, sens du devoir…

Au-delà du père magnifique, il fut aussi un homme hors du commun.

 

   I- L’ENFANT

 

Il vit le jour le 17 avril 1906 à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe.

La Guadeloupe, encore colonie, avait encore beaucoup à faire pour se reconstruire.

A cette époque, Pointe-à-Pitre n’avait rien de la grande ville commerciale et culturelle qu’elle est de nos jours. C’était un bourg insalubre où les eaux usées s’écoulaient dans des canaux à ciel ouvert, peuplés de golomines. Tout autour se développaient les faubourgs aux ruelles boueuses bordées de maisons en bois. On s’éclairait à la bougie ou pour les plus nanties, à la lampe à pétrole.

Plus d’un demi-siècle après l’abolition de l’esclavage, l’école et le travail demeuraient les seuls moyens d’ascension sociale.

C’est dans ce cadre que grandit mon père Robert.

Bien sûr, il reçut comme tous les enfants de cette époque une éducation stricte. Celle-ci privilégeait particulièrement  le respect. Celui des personnes âgées, des parents, des maîtres d’école et de toute autorité. La famille élargie (tantes, oncles, grands-mères, cousins, parrains, marraines, mabos, voisins…) jouait, elle aussi, un grand rôle dans l’éducation des enfants.

Bonjour, merci, s’il vous plaît étaient les premiers mots qu’apprenaient les petits guadeloupéens.

A cette époque, parler et écrire la langue française étaient un gage de réussite scolaire et sociale. Dans de nombreuses familles, la langue créole n’avait pas sa place. Elle était pour les parents celle qui, en se mélangeant au français, vous empêcherait d’évoluer.

Mon père Robert était le second  d’une fratrie de sept enfants.

 Son père Georges,  douanier était un grand métis aux yeux verts, il incarnait au sein de sa famille, l’autorité. L’idée ne serait jamais venue à un de ses enfants de lui désobéir.

La mère Nisida, à qui échouait la lourde tâche de l’éducation, était une grande femme à la peau brune aux grands yeux doux. Elle savait pourtant se faire obéir de sa petite tribu d’un simple regard. Sa vie ne fut  pas facile comme celle des femmes de cette époque.

 Mon père  lui voua un amour sans borne et une grande admiration toute sa vie. Elle fit partie, comme Manman Totonne (Antonia de son vrai nom) sa grand-mère et Mabo Julie, des femmes à qui il voua un grand respect et une profonde affection.

De l’enfance du petit Robert, je ne sais que ce qu’ont bien voulu me livrer mes oncles et mon père lui-même.

J’appris ainsi que Roro, surnom par lequel on le désignait, était un enfant taquin, farceur, turbulent et curieux de tout. Cette anecdote, racontée par celui qui devint mon père, l’illustre bien :

Un jour, Man Vivie, l’une de ses voisines, l’avait surpris avec ses camarades à jouer dans un de ces canaux où croupissaient les eaux sales de la ville. Celle –ci avait tenté de lui ôter des mains le bâton qu’il plongeait, pour sa plus grande joie, dans ce liquide nauséabond. Elle tirait et lui, il résistait. Soudain, il lâcha l’objet. La pauvre femme tomba à la renverse et fut maculée de matière malodorante.

Sa réaction ne se fit pas attendre. Elle alla sans retard tout raconter à Nisida.

Roro se douta bien de ce qui l’attendait : la punition serait à la hauteur de l’outrage.

De retour à la maison, il tenta bien de se faire tout petit mais trop tard. La voisine et sa mère l’attendaient de pied ferme. Il reçut alors la fessée de sa vie et dut présenter de plates excuses. Il jura de se venger de cette voisine qu’il trouva un brin trop curieuse.

 Quelques jours plus tard, l’occasion se présenta.

Man Vivie était attendue cet après-midi là. Il le savait car sa mère l’avait chargé de se rendre à l’épicerie du coin afin d’y acheter quelques ingrédients nécessaires à la confection d’un gâteau.

Il plaça sur une des chaises des petits clous et attendit patiemment la visiteuse. Il fut si aimable que la chère voisine, toute en confiance accepta volontiers le siège qu’il lui présenta. Elle s’y laissa tomber lourdement et se releva tout aussitôt en hurlant. Elle se tenait le postérieur des deux mains et cela amusa beaucoup Roro.

Nisida apprécia moins, le petit farceur dut faire de nouveau des excuses et fut, une fois de plus sévèrement puni. Peu lui importait cette nouvelle correction, il avait une histoire drôle à raconter à ses amis : Le récit de la pauvre madame Vivie se tenant les fesses fit le bonheur des enfants du quartier durant de longs mois.

Bien des années plus tard, le regard pétillant, mon père se plaisait à nous raconter sa petite vengeance et nous riions de bon cœur.

Parmi les femmes qui firent partie de son enfance, il y eut Manman Totonne sa grand-mère. Celle si représentait beaucoup pour lui. Elle était toujours là pour soigner ses petits bobos et chagrins et devenait souvent sa complice. Elle lui passait volontiers ses caprices. Il était son Roro chéri, son petit sucre d’orge. Il aimait lui rendre service, aller faire ses courses, écouter les merveilleuses histoires qu’elle seule savait raconter. Elle le gâtait trop aux dires de Nisida mais Antonia n’en avait que faire. Roro était gourmand et Manman Totonne le savait, elle avait toujours pour lui une de ces sucreries dont il raffolait : surelles cristallisées, doucelettes, sucres à coco, confiture de goyave… Toutes ces petites choses qui savaient adoucir la vie dure des enfants de cette époque. Pour lui, rien n’était trop beau.

 Elle lui évitait souvent les punitions en plaidant sa cause auprès de ses parents. Mon père a gardé jusqu’à la fin de sa vie un merveilleux souvenir de sa grand-mère. La villa qui nous a vus grandir  porte son nom et nous savons tous qui elle était.

Hélas, ce temps de l’innocence allait bientôt se terminer !

 

 

 

LEXIQUE:

 

Golomines: petits poissons très friands des larves de moustiques.

 

Man: madame

 

 

 

Commenter cet article

richard 24/12/2009 04:19


J'ai pris beaucoup de temps à venir sur ce blog dont nombre d'amis parlaient. Aujourdhui je regrette le temps perdu.
J'ai beaucoup aimé cet article, je dirai meme plus cette biographie. Pour rien vous cacher nysida j'espérais même une suite.
je lirai attentivement vos articles à l'avenir.
Merci beaucoup


Nysida 24/12/2009 11:47


Je vous remercie vivement pour ce commentaire. Il me touche beaucoup.
La suite viendra et j'espère qu'elle vous plaira.
Chacun de nous avons un père avec ses qualités et ses défauts et c'est un don de la vie.
Le mien fut un merveilleux cadeau dans mon existence.
Amitié


xavier 20/12/2009 18:09


quelle belle histoire que celle de ton papa ! Et tu la racontes si bien !


Paul 15/12/2009 23:34


Merci, chère Nysida de ce beau texte. Toujours .une grande joie de vous lire


Nysida 15/12/2009 23:49


Merci, toujours là pour m'encourager. Je pense bien à vous et au froid qui doit régner dans votre région. Je vous envoie un peu de chaleur de mon île.
Amicalement