MON PERE, MON HEROS 2

Publié le par Nysida

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L’ADULTE : PREMIERS PAS

 

Il passa une scolarité et une adolescence sans histoire entouré d’une famille aimante. Parfois, le salaire du père suffisait à peine à nourrir tout le monde. Qu’importe, la famille était réunie. Il avait de nombreux camarades dont il se souvint longtemps. Il lui arrivait de nous en parler, toujours avec l’humour dont il faisait preuve.

Dans un premier temps, il exerça le métier d’instituteur et cela ne fut pas facile. Il devait quitter sa ville pour se rendre dans un coin perdu à l’époque,  Massioux, lieu-dit de la commune d’Anse- Bertrand. Celle-ci était située dans le nord de la Grande-Terre. Ce n’était pas la porte à côté, Pointe-à-Pitre étant dans le sud.

Les moyens de transport étaient rares : à pieds, en charrette tirée par des boeufs ou à cheval étaient ses seules options. Ces longs et fatigants trajets ne lui laissèrent pas un bon souvenir. Il fut récompensé par l’intérêt que portaient les élèves à son enseignement. Il s’émerveillait de voir ces enfants, issus de milieu très pauvre où aller à l’école était un luxe, s’intéresser à la lecture, à la géographie et à l’histoire de France.

Bientôt las de ces déplacements éreintants, il décida de donner un nouveau virage à sa vie.

Il devint clerc chez Maître Maurice, notaire à Pointe-à-Pitre mais savait déjà qu’il deviendrait plus que cela. Il venait de faire le premier pas dans ce métier qui allait devenir le sien. Ce notaire, mon père nous en parla souvent. Il lui était profondément reconnaissant et ne nous cachait pas qu’il lui devait sa réussite et il fallait, que nous, ses enfants, le sachions.

Maître Maurice fut agréablement surpris par ce jeune homme avide d’apprendre et d’un sérieux à toute épreuve. Il le forma et l’aida à gravir les étapes du notariat. Leur collaboration se passa sans heurt et on peut le dire sous la protection de son bienfaiteur. Lorsque celui-ci prit sa retraite, c’est sans hésiter qu’il proposa à mon père de lui succéder. 

Mais l’achat de l’étude notariale ne fut pas aisé. Il fallut trouver les fonds.

C’est alors que Man Totone, sa grand-mère,  lui vint en aide. Elle vendit sans hésiter ses bijoux et lui donna ses économies, ceux de toute une vie.

C’est ainsi que mon cher papa devint le deuxième notaire de couleur et le plus jeune de la Guadeloupe en 1931, à vingt- cinq ans. Il exerça son métier avec passion, gardant toujours à l’esprit que le destin lui avait fait un cadeau précieux.

Il fut la fierté de Totone jusqu’à la mort de celle-ci survenue peu de temps après.

Hélas, un autre évènement dramatique allait changer sa vie.

La mort du père Georges propulsa le jeune notaire au rang de chef de famille.

Bien qu’il ne fût que le second enfant, c’est à lui qu’échut cette charge. Son frère Jules l’aîné n’ayant pas encore de métier stable, ne pouvait financièrement supporter toute la famille. C’est ainsi que très jeune, la vie le fit encore grandir à travers cette épreuve.

Il devait assumer la subsistance de six personnes ! Toute la famille vint résider au premier étage de l’étude notariale. Il avait donc la responsabilité de ses sœurs Mireille et Odette, de ses jeunes frères Georges et Henri et de sa mère. Cela était pour lui naturel et il fit bien plus !

Il ne se contenta pas uniquement de loger et nourrir son petit monde mais il poussa ses frères à étudier. Il n’hésita pas à faire preuve d’autorité. Georges, mon oncle âgé de quatre-vingt dix-huit ans, s’en souvient encore aujourd’hui. La mort de sa mère partie trop tôt fut un gros chagrin. Il n’eut guère le temps de se laisser aller à sa peine, il dut rapidement la surmonter, sa famille avait encore besoin de lui.

 Nisida restera ainsi que Man Totone très présentes dans ses souvenirs. Il les fera revivre souvent en nous en parlant.

Il contribuera à faire de Georges un médecin en assurant financièrement les études à Montpellier. Henri, le plus jeune deviendra ingénieur agricole. Mon père pourvoira longtemps à tous leurs besoins. Les filles, elles, firent de beaux mariages et fondèrent une famille.

Très attaché aux siens, mon père n’a que très peu profité de cette époque tant il veillait à leur devenir.

Il continuera toute sa vie à leur venir en aide, à les conseiller. Il demeurera celui sur qui on pouvait compter en cas de besoin : Des années plus tard, Il sera là pour aider mon oncle, le médecin, à acquérir sa clinique. Il continuera d’être présent pour Jules, Georges, Henri, Odette et surtout Mireille pour qui, il avait une petite préférence.

Dans bien des circonstances, on fit appel à lui et il était toujours là.

Il n’aurait certainement pas aimé que je vous dévoile tout ceci tant il était modeste. Cette partie de lui, cette générosité envers ses frères et sœurs, je l’ai découverte grâce aux confidences de ceux qui en ont été les bénéficiaires et de ses amis.

Jusqu’ici, sa vie d’adulte ne lui avait guère laissé le temps de découvrir les plaisirs. Il ressentait maintenant le désir de vivre un peu pour lui et de fonder une famille.

 Une vie nouvelle l’attendait!

Mais ça, je vous en parlerai ultérieurement.

 

 

 

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Caroline 28/12/2009 07:19


J'ai hâte de découvrir la suite de la vie de cet homme. Merci de nous rappeler les valeurs de générosité et de respect qui faisaient la Guadeloupe d'avant, où malgré la dureté de la vie, une
certaine douceur l'emportait. Quel dommage que cela se perde dans nos sociétés modernes où presque tout n'est qu'individualisme.


richard 28/12/2009 02:25


je l'attendais cette suite avec impatience, sachez que je ne fus point déçu.
j'attend le reste comme un enfant préssé d'ouvrir ces cadeaux de noel...


Nysida 28/12/2009 12:21


Merci pour votre intérêt. La suite ne saurait tarder et elle vous sera dédicacée. Bonne journée!


nysida 27/12/2009 15:27


Un immense merci à la plume pour ses encouragements.
Patience, bientôt la suite.
Vous souhaitant une agréable journée


La Plume 27/12/2009 15:21


J'avais déjà adoré le précendent article ! Celui çi m'enracine dans l'histoire je n'ai qu'un envie connaitre un peu plus à la vie de cette homme, qui semble déjà être une leçon de courage et
d'humilité. Très beau travail d'écriture, vivement la suite !


Paul 26/12/2009 21:10


Chère Mireille, votre lettre d'amour, de reconnaissance à votre père est une merveille. Vous savez si bien l'honorer, dire ce qu'il fut, ce qu'il vécut, comment il aima et éleva celles et ceux qui
lui étaient chers.
Il est si difficile de vivre à "hauteur d'homme". Votre père le sut.
Permettez-moi de vous dire toute mon admiration et pour ce qu'il fut et pour la belle et simple manière dont vous avez su nous le faire connaître et admirer. 


Nysida 26/12/2009 23:58


Cher Paul,
je suis profondément émue par votre commentaire. Mon père était un homme magnifique et tous ses enfants lui vouent une grande admiration. Je ne suis que la modeste porte - parole de chacune de mes
soeurs.
 Venant de vous, l'homme de lettres qui manie si bien la plume, ces compliments me touchent vraiment.
A  très bientôt