LA GUADELOUPE ET SES ÎLES
TOUSSAINT, C’EST LA FÊTE !
LES PREPARATIFS
Dans nos îles, la Toussaint demeure, tout comme le Carnaval, Noël, Pâques et la Pentecôte, l’une des plus grandes fêtes et de nombreuses traditions s’y rattachent.
Dès la mi-octobre, nos cimetières s’animent. Ils deviennent lieux de rencontres et d’échanges.
C’est le moment choisi par de nombreuses familles pour rénover tombes et caveaux.
C’est un ballet incessant d’enfants accompagnés de leurs parents et de leurs grands- parents. Ils vont et viennent les bras chargés de balais, de brosses, de pots de peinture et de fleurs.
Bien entendu, le didico (un petit en cas) n’est pas oublié : eau, sandwichs, jus et même la salade de concombre accompagnée de la chiquetaille de morue (morue grillée, dessalée, émiettée, pimentée).
Il faut aussi penser à prendre le parapluie, les chaises pliantes, les casquettes et les chapeaux de paille.
Les jobeurs sont aussi présents. Ils vous proposent, en échange de quelques euros, d’arracher les mauvaises herbes, de brosser, de refaire la peinture de la dernière demeure de vos chers disparus.
Tout doit être parfait pour le grand jour ! C’est à qui aura la plus belle tombe !
On s’interpelle, on se retrouve. Les enfants courent et s’amusent entre les tombes. Les parents les rappellent parfois à l’ordre :
-Chut, respectez les morts !
On revoit des amis, des voisins, des parents que l’on n’avait pas vu depuis longtemps. Les uns avaient déménagé vers une autre commune, les autres avaient quitté l’archipel pour la France Métropolitaine.
Fraîchement revenus au pays pour cette occasion, ces derniers savourent ces moments de retrouvailles qui les replongent dans une culture parfois oubliée.
Tout ce cérémonial se déroule, souvent pour une famille, plusieurs fois et dans des cimetières différents : Il serait inconcevable d’honorer les défunts du père et d’oublier ceux de la mère.
Imaginez une famille résidant à Pointe-à-Pitre dont le père est originaire de la Désirade et la mère de Marie-Galante. Il leur faudra prendre deux fois la navette maritime qui désert nos îles afin de se rendre dans chacune d’entre elles.
C’est une véritable expédition !
LA FÊTE
Enfin arrive le grand jour !
A l’extérieur des cimetières, les marchandes ambulantes donnent le ton. Elles sont venues très tôt pour avoir la meilleure place. Elles proposent aux passants sorbets au coco, acras, cacahuètes, sucreries, sodas, danquits (pains ronds à la morue, au poulet, au crabe).
Dès le matin du 1er novembre, tout juste après la première messe, arrivent les premiers visiteurs. La première vague, celle du jour, prend possession des lieux et s’éparpille à travers le cimetière.
Bien que le 1er novembre soit la fête des saints, l’hommage rendu aux morts ne saurait attendre le 2 novembre, jour consacré à ceux-ci.
Au fil des heures, la « cité des endormis » se remplit. Chacun a soigné sa tenue : c’est sur, on va rencontrer des connaissances et il s’agit d’être à son avantage !
Les bras remplis de fleurs, les familles se dirigent vers la tombe familiale.
Arrivées sur les lieux, une dernière inspection s’impose : une herbe oubliée est bien vite arrachée, un ultime petit coup de balai est donné. C’est bon, on peut enfin déposer les bouquets dans de beaux vases achetés pour l’occasion. On cause, on prend des nouvelles.
Vient l’instant réservé au recueillement. C’est le moment de la prière, étape importante qui n’est jamais oubliée. Luminions et bougies sont allumés. Une main caresse affectueusement la photo d’un disparu.
Le devoir accompli, on a encore le temps de flâner à travers les allées à la recherche d’amis, de cousins, de se laisser aller à la curiosité en admirant les sépultures en marbre de la partie la plus ancienne du cimetière.
LA MAGIE
Bien souvent, certains se dirigent discrètement vers une tombe fleurie toute l’année de roses rouges. Celle-ci a sa légende connue de tous les guadeloupéens. C’est la dernière demeure du commandant Bouscaren.
Il y a quelques années, son buste a été dérobé. On murmure que c’est un gadè- zafè, un menti-mentè (sorcier qui pratique la magie noire) qui l’aurait emporté pour obtenir de grands pouvoirs. Allez donc savoir !
C’est bientôt l’heure du déjeuner, sous un soleil de plomb, une partie des visiteurs s’en retourne se restaurer.
Bientôt, au crépuscule, ils reviendront pour l’illumination. Ils ne la manqueraient pour rien au monde !
L’ILLUMINATION
Dès dix-sept heures, c’est la foule des grands jours. Le cimetière a revêtu ses habits de lumière. Il brille de mille feux ! Les nombreuses sources de lumière crées par la multitude de bougies lui donnent un air magique. Les visages et les silhouettes semblent sortir du néant et prennent une allure fantasmagorique.
Les enfants sont occupés à fabriquer des billes avec la cire fondue. Ils s’amusent sous l’œil vigilant des parents. Des adultes discutent, heureux de se retrouver. C’est là que l’on apprend les nouvelles naissances, les décès, les mariages, les réussites aux examens…
Quand viendra vingt-trois heure, chacun rentrera à la maison la tête pleine de souvenirs des vivants et des morts.
A DEMAIN « SI PLET A DIE » !
Demain, on reviendra car c’est le 2 novembre, la fête des défunts !
La deuxième semaine de novembre ou bien plus tard, les cimetières retrouveront leur calme.
On se reverra l’an prochain, si plè a dié (si Dieu veut) !
C’est promis, je vous prendrai des photos !
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